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PARAISSANT LE ET LE 15 DE CHAQUE MOIS

Émile DEYROLLE, DireoTEUR-GÉRANT. Paul GROULT, SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION

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14° Année Année de la Serie ABONNEMENT ANNUEL PAYABLE EN UN MANDAT A L'ORDRE DU DIRECTEUR

France MRÉRLE aerrnere a ère e : Pays compris dans l’Union postale...

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PARIS BUREAUX DU JOURNAL

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1892

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plane, la surface du corps des Mam-

14 ANNÉE

SÉRIE HIG

1% JANVIER 1892

E NATURALISTE

REVUE ILLUSTRÉE

SUR L'ORIGINE, LA DIRECTION

ET LA DISTRIBUTION DES POILS

La surface du corps d'un grand nombre d'animaux es recouverte de cellules qui se sont transformées en or-

DES SCIENCES NATURELLES

régions du corps les poils peuvent se transformer en organes sensoriels, leur principal rôle et la cause de leur formation ne doivent pas être cherchés ailleurs que dans la protection des organes. Ce n’est que bien plus tard que la sélection naturelle et la division du travail en ont modifié certains en organes des sens et d’autres en or-

ganes de protection, le plus souvent passive. Ces cellules | nements sexuels.

s'incrustent parfois de sels caleai- res, produisent de la chitine ou de- viennent cornées. Dans tous les cas, leur vitalité, lorsqu'elle n’est pas complètement abolie, se trouve singulièrement ralentie, et par suite ces éléments incapables de se régé- nérer et destinés à l’usure sont su- jets à une mue périodique ou à une chute incessante.

Supposons qu'au lieu de rester

mifères, qui, elle aussi, produit constamment des couches cornées, vienne à présenter soit de légères évaginations, soit, ce qui revient au même au point de vue du résultat, de petites dépressions devenant peu à peu de petits sacs. L’exfoliation normale continuant, la quantité de matière expulsée par l’orifice sera très notablement plus grande que celle qui s’exfolie sur une portion de la peau égale à la surface de l’o- rifice. Il en résultera donc de pe- tites proéminences cornées exter- nes. Si maintenant le fond du sac, au lieu de rester plan, remonte jus- qu'à l’ouverture externe et qu’il y ait à peine un petit espace compris entre lui et les pa- rois il se formera de vrais poils. Si l'introversion du sac s’allonge ou prend une forme plus compliquée, il se pro- duira, soit des piquants, soit même des dents, soit aussi des plumes chez les Oiseaux.

Si les poils ne sont ni trop longs, ni trop flexibles pour transmettre à leur extrémité radicale une pression exer- cée sur leur extrémité libre, ils deviendront des organes tactiles rudimentaires qui pourront se modifier dans cer- tains cas en poils sensitifs (vibrisses des Félins, de quel- ques Rongeurs, des Phoques, etc.) destinés à atteindre les objets à des distances considérables et pouvant ser- vir à l'exploration dans l'obscurité. Mais si dans certaines

Une femme à barbe : Espagnole de la Cata- logne, âgée de 38 ans. (Reproduction di- recte d’une photographie.)

C'est Aristote qui a le premier porté attention sur le but des poils et leur distribution. « Les poils ser- vent, dit-il, comme de rempart et de couverture aux animaux qui en sont pourvus. Dans les quadrupèdes, ce sont surtout les parties de dessus qui ont besoin d’être protégées et couvertes, plus que le dessous du corps. Les parties dégarnies le sont en vue de la courbure et de la flexion, Mais dans l’homme, comme le devant du corps est parfaitement semblable au derrière au point de vue de la stalion droite, la nature s'est occupée de prêter surtout se- cours aux plus nobles parties. Car toujours elle produit ce qu'il y a de mieux, avec les matériaux dont elle dispose. L'homme est de tous les ani maux celui dont la tête est la plus velue. C'était nécessaire, Les che- veux sont destinés à protéger et à conserver l'animal en le couvrant et en le garantissantdes excès du froid etdu chaud. L’encéphale de l’hom- me étant le plus gros est aussi le plus irrigué et il a plus besoin de protection que tout le reste,

« Les sourcils aussi bien que les cilsn'ont pour but que de protéger les yeux. Les sourcils les préservent contre les liquides qui y descendent, et leur font comme une toiture qui les défend contre les sueurs venant de la tête. Les cils sont faits pour écarter les objets qui peuvent tomber dans l’œil, comme les haies qu’on met parfois en avant des remparts. » (Des parties des animaux, livre I.)

Vraiment, ne dirait-on pas que tout ceci estécrit d'hier ? Dans ce même livre, Aristote indique même d’une facon formelle la grande loi du balancement organique, loi qui, pour certains naturalistes, n'aurait été mise en lumière qu'à la fin du siècle dernier. « La nature a orné les queues, de erins qui sont longs quand la queue a peu de

6 | LE NATURALISTE

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portée, comme dans les Chevaux, et qui sont très courts quant au contraire sa portée est étendue, Toujours la na- ture lorsqu'elle veut favoriser un côté, prend une compen- sation sur l'autre côté... elle fait un corps très velu, elle diminue l’ampleur de la queue, qui se réduit, comme on le voit sur les Ours. »

Il est étonnant qu’on ne se soit pas occupé davantage des lois mécaniques et physiques qui président à la di- rection et à la distribution des poils. On préfère couper des cellules en petites tranches, teindre par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, des animaux marins, les imbi- ber ensuite dans les essences et les baumes, afin de dé- terminer leurs ancêtres ! La peine n’est pas grande, et les résultats sont admirables... pour ceux qui savent se contenter de peu.

L'implantation des poils dans la peau est presque tou- jours oblique, par rapport à la surface. Ils sont disposés en rangées parallèles ou concentriqnes suivant les espèces et les régions ; et même chez l’homme, les dessins sont réguliers. Cuvier (Nouv. ann. du Muséum, 1832) avait re- marqué que les piquants du Porc-épic forment des sé- ries de sept à onze, sur des lignes un peu courbes et presque parallèles. Chez l’Aï, les poils semblent être dis- posés en quinconce et sur le flanc des Chevaux les lignes d'insertion décrivent des courbes concentriques ou spiralées autour d’un point. Chez les Mammifères, principalement chez les coureurs, les poils du tronc sont obliques d’avant en arrière, et sur les membres ils sont dirigés de haut en bas. Il ÿ a pourtant une excep- tion pour les Singes anthropomorphes (Chimpanzés, Orangs, Gibbons...) et pour l’homme. Les poils de la- vant-bras sont dirigés en sens contraire de ceux du bras. La raison qu’on en donne est même fort plaisante : « Lorsque ces animaux sont accroupis et portent leurs mains vers la bouche, position qui leur est très ordi- naire, la totalité du membre se trouve revêtue de facon à les protéger le mieux possible contre la pluie. »

La distribution des poils chez l’homme serait tout aussi intéressante à étudier que leur direction. Sur une partie de la tête, sur le cou, la presque totalité du corps et les membres, l’homme n’a que des poils clairsemés, presque nuls même dans certaines races. Cette nudité plus ou moins complète est un caractère général qui ne peut être attribué au climat; ce n’est pourtant pas un caractère générique, car s’il y a des Mammifères plus velus que nous, il y en a aussi de plus nus. Les moins poilus de tous sont les Mammifères aquatiques, les Céta- cés et les Sirénides, puis viennent les plus aquatiques des mammifères terrestres, les Pachydermes, les Hip- popotames etaprès eux les Rhinocéros et les Éléphants. Linné croyait que les Chimpanzés étaient également moins velus que l’homme (simiæ minus quam homo pi- losæ). Cette opinion erronée tenait simplement au mau- vais état de santé des individus observés par lui en Europe.

La rareté apparente des poils chez l’homme tient à leur développement très inégal, suivant les diverses ré- gions. « Le contraste est des plus singuliers, dit Geof- froy Saint-Hilaire; si nous l'observions sur d’autres ani- maux, si l'habitude ne nous le rendait familier dès l'enfance, notre surprise serait extrême. » Les parties les plus complètement nues, le front, les espaces sus et sous- orbitaires, le tour de l’oreille, le devant du cou, touchent aux parties le système pileux est le plus développé. Quelles sont les causes qui déterminent la localisation

des poils aux aisselles, au pubis, au périnée; leur abon- dance et leur longueur sur la tête ??

D'après Girou de Buzareingnes (Répert. gén. d'anato- mie, 1828), il existerait une relation entre le développe- ment des poils et celui des muscles sous-jacents. Mais alors comment les Singes sont-ils moins velus ou même nus, l’homme estle plus couvert de poils : aux aisselles et dans le voisinage des organes génitaux? Pourquoi le système pileux serait-il variable d’une race à une autre, d’un âge à un autre, d’un sexe à l’autre? Pourquoi la femme jusqu’à l’âge critique ressemble-t-elle à l’enfant, et après l’âge critique à un jeune adolescent imberbe? Si les caractères sexuels tégumentaires sont très communs chez les Oiseaux, ils sont très rares chez les Mammifères. et, rapprochement fort curieux, après l’homme on ne peut guère citer que l’exemple du Lion et de la Lionne et du Lion marin. Certains Singes, outre une chevelure redressée ou couchée en avant, ont bien une barbe el des favoris, mais dans ce cas leurs femelles ont égale- ment une barbe au menton. Il est vrai que certaines femmes peuvent être plus velues que bien des hommes, sans que leur puissance reproauctrice en soit affectée. La photographie ci-jointe représente une Espagnole de la Catalogne, âgée de 38 ans et qui eut sept enfants aussi poilus qu’elle, Inutile d’insister sur les absurdes rumeurs qui couraient à ce propos dans l'ignorante population qui l’entourait. Pour quelques naturalistes qui ne re- culent devant aucune hypothèse, l’homme primitif était physiquement un vrai Singe, presque entièrement velu, une maladie cutanée lui ayant fait perdre le poil sur de larges plaques, il se serait épilé pour régulariser sa nudité afin de ne pas être un objet de risée ou de mé- pris pour ses compagnons.

Grant Allen suppose, lui aussi, l’intervention primi- tive d’une dénudation physique, « Plus l’homme s’habi- tuait à la station verticale, plus il à se coucher sur le dos ou sur le côté. Pour l’homme arrivé à son dévelop- pement complet, avec la disposition particulière de son cou, de son visage et de ses membres, il est presque im- possible de se coucher sur le ventre.» Le frottement a ainsi fait disparaître tout d’abord les poils du dos. « Les premières phases de cette transformation ont en faire un être d'apparence misérable et abâtardie, Mais la sé- lection sexuelle est alors intervenue pour accélérer et compléter la transformation. En effet, si un animal cou- vert de poils commencait une fois à les perdre, la seule beauté à laquelle il pourrait viser serait celle d’une peau noire, glabre, lisse et luisante. »

Si nous considérons la condition malheureuse à laquelle l’homme a se trouver réduit après la perte d’une en- veloppe protectrice naturelle, perte qui le rendait plus misérable que les autres animaux et qui le forcait de re-

courir à des vêtements artificiels, nous concevons que .

Wallace ait reculé devant une explication scientifique.

On peut pourtant soutenir que si le désavantage fut réel

pour les premiers individus, il devint un avantage pour l'espèce. L'absence de poils étant venue primitivement de l’habitude de la station verticale, elle ne dut apparaître tout d’abord que chez les êtres les plus voisins de nous. Par conséquent, cet inconvénient se trouvait uni à d’autres avantages physiques et intellectuels plus consi- dérables, et a excité ces ancêtres de l’homme à chercher, sous forme de vêtements, d’abri et d’ornements, des se- cours artificiels qui ont fini par donner naissance à un grand nombre d'arts que nous connaissons. Les petits, il

LE NATURALISTE 7

est vrai, avaient une plus grande difficulté à se suffire à eux-mêmes dans l’enfance; mais cette impuissance en exigeant chez les races, qui seules ont ainsi pu se con- server, plus de soin et d'affection, a produit indirecte- ment des facultés nouvelles, des liens plus étroits et a eu pour résultat final l’existence de la famille, de la tribu et de la nation.

Les poils qui recouvrent le crâne et le menton sont, chez l’homme, les plus longs que l’on connaisse dans tout le règne animal. La crinière du Lion, le camail du Colobe, la barbe du Bouquetin, etc., restent bien en ar- rière. Chez les races caucasique et mongolique on voit les cheveux descendre communément jusqu'aux reins, atteindre souvent le pli du genou, quelquefois même les talons, Ils mesurent donc cent, cent vingt-cinq centi- mètres ou davantage, tandis que les poils de la chèvre d'Angora, de l’Yak, etc., sont bien loin d’atteindre ces dimensions. Leur longueur semble être en rapport avec la verticalité de notre attitude et aussi principalement avec le climat.

Je n'insiste pas davantage ; je désirais simplement attirer l’attention sur des recherches qui seraient d’un grand intérêt. En résumé : les poils ne sont qu’une dif- férenciation des produits exfoliés périodiquement et normalement par toute surface cutanée, La cause directe de leur développement fut le besoin primitif de protec- tion contre les variations atmosphériques. Des adapta- tions secondaires les transformèrent ensuite, soit en or- ganes sensoriels, soit en organes de protection passive (cui- s ses des Tatous, écailles des Pangolins, etc.) ou de protection active (sabots des Ongulés, griffes, ongles, et dents). D’autres adaptations les firent disparaître de presque toute la surface du corps, ou les atrophièrent

. dans certaines régions. Ce n’est que plus tard, enfin,

EL ROE

que la sélection sexuelle modifia dans certaines régions la longueur de ces organes tégumentaires pour en faire chez certaines espèces les signes extérieurs de la pu- berté et de la sexualité mâle ou femelle.

F,. LAHILLE, D" és sciences naturelles.

NOTE SUR L’Heliophobus scillæ - (Papillon de la famille des Noctuelles)

Dans le 21 du Naturaliste, portant la date du 15 avril 1888, j'ai décrit la chenille et le mâle de l’Heliophobus scillæ, trouvée à Bone (Algérie), par M. Olivier.

Depuis, M. Olivier, étant parvenu à obtenir plusieurs spéci- mens de cette intéressante espèce, m’a fait tout récemment le-gracieux envoi d’un couple et m'a permis ainsi de compléter ma note précédente en y ajoutant quelques mots sur la femelle de cette noctuelle d'Algérie.

Ce qui attire de suite le regard chez cette femelle, ce sont ses ailes qui sont sensiblement plus petites que celles du mâle et d'une çoupe fort différente : on pourrait les appeler spatu- liformes, surtout les inférieures.

En outre, tous les bords de ces ailes, méme la côte, sont gar- nis de poils assez denses; les plus longs se trouvent sur le bord externe dont la frange parait ainsi prolongée.

Cette femelle présente les mêmes dessins que le mâle; seule- ment, tout est plus sombre. La coloration claire des nervures qui égaie si agréablement le milieu des ailes du mäle fait tout à fait défaut sur celles de la femelle, du moins, sur celles du sujet que j’ai sous les yeux.

L'abdomen est énorme et de forme ovoïde. Les antennes sont filiformes et brunes.

Il est plus que probable que cette femelle ne doit pas voler. Avec un abdomen aussi gros et des ailes aussi faibles, le mieux

pour l’Heliophobus scillæ Q est de se tenir cachée sous les feuilles, de ramper péniblement sur terre ou tout au plus de se permettre de grimper le long des tiges des arbrisseaux. Quant à se lancer dans les airs, à parcourir l’espace comme son mâle ou en sa compagnie, elle doit en faire son deuil.

A cause de ses ailes raccourcics, l’Heliophobus scllæ me paraît, jusqu’à présent, devoir se placer à côté de l’Heliophobus hirta Hb, dont la femelle n’a que des ailes rudimentaires.

J'ajouterai que ot LAS scillæ éclôt en octobre et no- vembre.

P. CHRÉTIEN.

Les Oiseaux utiles 4

Notre collaborateur, M. le Dr LE. Trouessart, vient de publier tout récemment, à la librairie Baillière, un très bel ouvrage ayant pour titre les Oiseaux utiles.

Le naturaliste et l’économiste ont le droit de s'inquiéter en voyant les petits oiseaux insectivores disparaitre peu à peu de nos campagnes, au grand préjudice de nos céréales ct de nos arbres fruitiers.

Depuis une vingtaine d’années, les gouvernements européens se sont émus des dangers que la destruction des petits oiseaux insectivores et de leurs nids fait courir à l'Agriculture : ils ont demandé aux naturalistes de leur fournir des renseignements précis qui leur permettent de reviser les lois qui régissent la chasse et de réprimer le braconnage. En attendant, on a cher- ché à répandre dans les masses les notions d’histoire naturelle qui seules permettent de distinguer les animaux utiles de ceux qui sont nuisibles. On a donné aux insütuteurs primaires, si bien placés pour combattre la routine, cette plaie de nos cam- pagnes, les instructions les plus claires et les plus sûres pour enseigner aux enfants qu'il ne faut pas dénicher les nids, aux adultes que le meurtre d’une chouette ou d’un simple moineau est un véritable crime qui ne peut que nuire à la prospérité de leurs champs.

C’est aux naturalistes et aux personnes éclairées qui s’inté- ressent à l'Agriculture, de réagir de tout leur pouvoir contre les abus qui règnent encore aujourd’hui.

Beaucoup d'oiseaux considérés comme granivores sont en réalité ommivores. On à vu, dans l’estomac de l’Alouette lulu et de la Farlouse, des charancons, des vermisseaux, des fourmis et leurs œufs, des débris de sauterelles, des chrysalides, des larves... et quelques semences de trèfle, des brins d'herbe et un peu de sable.

Le Moineau, si décrié, a souvent dans l’estomac des parcelles de hannetons, de chenilles, des vers, des limacons, des graines de viornes, de tournesol, de topinambour, et d’autres provenant des déjections des herbivores, etc.

Le Loriot, considéré dans nos campagnes comme un pillard de cerises et d’autres fruits, se nourrit exclusivement d'insectes nuisibles, larves et chrysalides de papillons, de coléoptères et d’orthoptères.

Tous ou presque tous les petits passercaux sont, au moins pendant une certaine partie de l’année, notamment au moment de l'élevage des jeunes, presque exclusivement insectivores. Si l’on veut être juste, on leur passera facilement les quelques graines qu'ils dérobent en faveur de la quantité beaucoup plus grande d'insectes qu'ils détruisent, insectes Qui auraient dévoré dix fois plus de graines et de fruits que les oiseaux en question.

E00 espèces d'oiseaux d'Europe, et notamment tous les petits passereaux, doivent être considérés comme utiles et protégés par tous les moyens possibles contre les causes de destruction qui les menacent.

Dans ce livre, on n’a pas eu la prétention de figurer et de dé- crire fousles oiseaux utiles : on s’est contenté de prendre qua- rante-quatre types choisis parmi les plus répandus dans nos campagnes ou parmi ceux qui jouissent, à juste titre, d'une réputation incontestable et incontestée. Ce sont ceux-là qu'il importe de bien connaître afin de leur accorder toujours et par- tout la protection qui leur est due à titre d’auxiliaires de lA- griculture.

Celivre, édité avec luxe, est un magnifique cadeau d’étrennes

(1) 4 volume in-4. éiégamment cartonné, avec 44 planches en couleurs d’après les aquarelles de Léo-Paul Robert, prix 35 fr. (Chez J.-B. Bailliére, éditeur, et aux bureaux du journal).

8 LE NATURALISTE F

les 44 planches qui reproduisent les aquarelles de Paul Robert sont autant de tableaux pris sur le vif et qui nous montrentles oiseaux au milieu des plantes et des paysages qui leur sont familiers.

SUR L'INVASION D'UNE PLANTE AMÉRICAINE

Me trouvant il y a quelque temps à Mortagne-sur- Gironde (Charente-Inférieure), je fus questionné par un habitant de cette localité au sujet d’une plante qui l’in- triguait beaucoup.

« Cette singulière plante, me dit-il, se rencontre à profusion dans les fossés des environs de Mortagne, elle recouvre la surface de l’eau d’un épais tapis de verdure nuancé de teintes pourprées. Ce qui ajoute à sa singularité, c’est qu’elle était absolument inconnue chez nous il y a peu de temps encore, elle est venue avec le phylloxéra et a envahi nos ruisseaux, nos fossés pendant que ce dernier s’abattait sur nos vignes. »

Le lendemain on me montra la plante ainsi décrite. Je reconnus de suite un Azolla.

Les Azolla sont des cryptogames vasculaires apparte-

Invasion d’une plante américaine, l’Azolla filiculoides, très grossie

nant à la famille des Salviniacées. Ce sont de petites plantes ayant seulement quelques centimètres de hau- teur, qui se multiplient avec rapidité et forment à la sur- face de l’eau un revêtement très dense. Le genre Azolla renferme un petit nombre d’espèces ; on n’en connaît que quatre, qui toutes sont étrangères à l’Europe.

La présence de l’une d’elles dans la Charente-Inférieure pouvait donc causer à un botaniste une certaine surprise, d'autant plus que les flores de la région datant de quelques années, ne font aucune mention de l’Azolla, malgré l'abondance extrême avec laquelle cette plante y est répandue,

Ce fait, en apparence si étrange, peut être expliqué aisément, etles circonstances dans lesquelles il s’est

produit sont d’ailleurs des plus intéressantes à connaître. Il y à une douzaine d’années, en 1879, on introduisit au

Jardin botanique de Bordeaux un certain nombre de pieds d’un Azolla que l’on crut être l'A. caroliniana. Ces pieds furent confiés aux bons soins de M. Caille, le jar- dinier en chef de ce jardin. L'hiver 1879-1880 fut, comme on le sait, très rigoureux, aussi les cultures laissées en plein air furent-elles détruites par le froid. Mais par pru- dence on avait placé d’autres cultures sous des châssis ; ces dernières résistèrent, et M. Caille eut même le bon- heur de les voir fructifier au mois de juillet de l’année suivante. C'était la première fois que l’on voyait fruc- tifier l’'Azolla en Europe. Ces cultures furent conservées dans la suite et elles existent encore aujourd’hui, mais elles sont sansintérêt pour nous. Il en est tout autre- ment de celles dont nous allons parler.

Pendant la même année 1879, quelques pieds de l'Azolla introduit au Jardin botanique furent jetés dans les fossés des marais de Boutaut, aux environs de Bor- deaux. Ces pieds, livrés à eux-mêmes, eurent un sort plus heureux que celui des cultures en plein air du Jardin botanique, car ils résistèrent, soit qu'ils furent protégés par les autres plantes aquatiques, soit qu'ils eurent acquis plus de vigueur. Et non seulement ils résistèrent aux froids rigoureux, mais ils se multiplièrent ensuite avec une telle rapidité qu’ils envahirent promptement les fossés et lespièces d’eau du voisinage.

Cette multiplication de la plante exotique fut loin d’ail- leurs d’être considérée comme un bienfait par les maraïi- chers et les horticulteurs bordelais, car leurs bassins furent envahis, et les autres plantes aquatiques durent céder la place à la nouvelle venue. Un autre titre de cette dernière à la malédiction des jardiniers, c’est qu’elle s’insinue avec un sans-gêne que rien ne rebute dans les tuyaux de conduite d’eau et qu’elle obstrue tous les trous ménagés pour l'alimentation ou pour le déversement. Aussi ne conseillerai-je point à l’auteur de cette expé- rience d’acclimatation d’aller se faire connaître à ses nombreuses victimes.

Mais l’Azolla ne se contenta pas de peupler ainsi les eaux des environs de Bordeaux, il s’étendit de procheen proche, agrandissant très vite l’aire de sa répartition. C’est ainsi que quelques années plus tard il atteignait les envi- rons de Blaye M. Deloynes le signalait en 1883. S’éten- dant sans cesse depuis lors, il gagna Mortagne, qui se trouve à près de quatre-vingt-dix kilomètres de Bordeaux. Aujourd’hui il occupe un espace véritablement considé- rable, et si l’on réfléchit que son introduction date de quelques années seulement, on est frappé de la puissance de son invasion.

Cette invasion de l’Azolla a causé de grands ravages chez les plantes aquatiques qui habitaient la contrée elle s’est abattue, Elle a provoqué la diminution en nom- bre de certaines espèces et la destruction presque totale de quelques autres. C’est ainsi que les Lemna (Lentilles d'eau) disparaissent rapidement et que le Salvinia natans se fait de plus en plus rare. Cette dernière espèce est une Salviniacée, comme l’Azolla. Elle se trouvait dans les fossés de Bordeaux elle se multipliait fort bien avant l’arrivée de celui-ci. Sa destruction par un représentant de sa propre famille est un fait qui ne laisse pas d’être piquant.

L’Azolla introduit en 1879 fut désigné sous le nom d'A:

LE NATURALISTE 9

caroliniana. Plus tard des doutes furent émis sur son identité; soit que la détermination primitive fût inexacte, soit que depuis lors on ait introduit des espèces diffé- rentes, toujours est-il que celle qui paraît prédominer aujourd’hui est l’A. filiculoides. C’est du moins cette der- nière que l’on trouve à Mortagne ainsi que j'ai pu le cons- tater à l’aide des caractères anatomiquestirés des feuilles. Ces deux espèces d’Azolla sont d’origine américaine ; mais tandis que l’A. caroliniana habite surtout l'Amérique du Nord et ne descend pas vers le sud au delà du Brésil, VA. fiiculoides se rencontre jusque dans la Patagonie etne remonte pas vers le nord au delà de la Californie.

La connaissance des détaïls qui précèdent explique suf- fisamment pourquoi la plante envahisseuse n’est pas signalée dans les flores un peu anciennes,en même temps qu'elle justifie observation de mon interlocuteur en ce qui concerne son apparition récente dans les environs de Mortagne. Mais elle montre en outre commentune obser- vation juste peut conduire à une interprétation erronée, car il n’est point besoin d'ajouter qu'il n'y a entre l’ar- rivée de la plante et celle du phylloxéra qu’une simple coïncidence.

G. CHAUVEAUD.

SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE

BULLETIN DE JUILLET ET OCTOBRE 1891

28 juillet 1894.— Etudiant la synonymie el la distribution géographique du Diaptomus Alluaudi, MM. pe GuERNE Er JULES RicHarp établissent l'identité de ce copépode d’eau douce avecle D: Lorteti Barrois et le D. unguiculatus Daday; ïls montrent ensuite que cette espèce a été signalée aux Canaries, au Caire eten Hongrie, c’est-à-dire dans les points presque extrêmes de la région circaméditerranéenne et en présence de ce fait, ils se demandent « s’il existe chez les Calanides d’eau douce, à côté d'espèces très largement répandues, des types spéciaux à une province zoologique déterminée ».— Traduction d’une note de M: A. Crosa sur la conservation de la couleur des chenilles par le chlorure de zinc au vingtième et par la glycérine.

2% octobre. D' RaPpnarz BLANCHARD : Sur la sangsue de cheval du nord de l’Afrique (Liminatis nilotica Savigny). Cette espèce que Savigny avait signalée dans le Nil et qui n’a pas été reconnue depuis, se trouve en réalité dans toute la zone subtropicale depuis les Acores jusqu’en Syrie, en passant par notre coloniealgérienne. Malgré les analogies extérieures qu’elle présente avec les Hirudo, elle à une organisation bien diffé- rente et mérite de former un genre spécial, qui renferme d’ail- leurs de nombreuses espèces tropicaleset subtropicales. Comme notre Hirudo sanguisuqga, quin'existe pas en Algérie, elle peut rester longtemps attachée aux parois de la bouche des chevaux et du bétail, et souvent même s’attaque à l’homme. A l'appui de cette assertion, M. Mécxix dit avoir observé, à Vincennes,

“des sangsues qui s'étaient attachées en Tunisie à la muqueuse

buccale des chevaux du 12° d’atillerie, et qui s’y trouvaient encore après plus d’un mois. Arpx. Laggé : Nole sur un nouveau parasite du Sang (Trypanomonas Danilewskyi). On sait que les sangsues renferment dans leur intestin un principe qui empêche le sang de se coaguler et qui, en raison de ce fait, paraît permettre aux Hématozoaires de rester vivants en dehors de l'organisme ils trouvent normalement leur existence. M: Labbé décrit un organisme biflagellé, du genre Trypano- monas, qu'il à trouvé dans le tube digestif d’une sangsue des Landes, et qui provient probablement de l’âne ou du cheval dont cette sangsue avait sucé le sang. M. T. B. Rosserer de Canterbury : Sur un cysticercoïde des Ostracodes capable de se développer dans l'intestin du Canard. Le Cysticercoïde en question habite, avec la larve du Tœnia coronula, dans les larves du Cypris cinerea; il à un rostre rétractile armé de 10 crochets et 4 ventouses plus richement armées encore. L’au- teur ayant fait avaler à un canard un grand nombre de cypris contaminés, il trouva dans le duodénum de l'oiseau, après un mois, un grand nombre de petits Tæœnia lanceolata Gœæze, dans

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lesquels se reconnaissaient parfaitement les caractères du cys- ticercoïde cypridien qui est en fait la larve de ce Tœnia. MM. J. pe Guerne ET J. Ricmarp : Swr quelques enlomos- tracés d'eau douce de Madagascar. Les auteurs signalent seule- ment un Cyclope cosmopolite (C. Leuchkarli Saw), un Cerio- daphnia européen (C. Latticanda Müller), un Canthocamptus et un Alona très voisins d'espèces européennes des mêmes genres. Dans une seconde note sur les Entomostracés recueil- lis par M. Charles Rabot en Russie el en Sibérie, les mêmes auteurs signalent 45 espèces qui étaient déjà connues ailleurs et dont la plupart sont répandues dans toutes les parties de l’Europe. M. Xavier Raspaiz : Nole sur une Alouette des champs (Alauda arvensis) se perchant. E.-L. Bouvier.

IRRÉGULARITÉS DE LA SURFACE DES TERRAINS CALCAIRES

Tout le monde connaît les ressauts de terrain qui, dans les champs, limitent souvent les diverses parcelles de culture; ces irrégularités topographiques peu fré- quentes ou même tout à fait inconnues dans certaines régions, sont au contraire extrêmement abondantes dans divers pays et principalement en Picardie et dans l’Ar- tois, sur les affleurements de la craie supérieure. Ces ressants sont désignés sous le nom de rideaux; ils ont été remarqués depuis longtemps; l'abbé Paramelle, dans Art de découvrir les sowrces, après avoir étudié et décrit les vallées à pentes plus ou moins raides, parle des « descentes qui limitent les héritages ».

L’année dernière, l'origine des rideaux de la craie a été l’objet d’une discussion très intéressante à la Société géologique de France, entre M. Lasne, qui a émis et sou- tenu l’idée que ces accidents étaient dus à des glissements du terrain parallèlement aux fractures ou diaclases de la craie, à la suite d’une dissolution lente de la roche par les eaux des nappes souterraines, et M. de Lapparent, qui ue croit pas devoir attribuer à ces phénomènes une ori- gine géologique; selon lui, ces rideaux ne seraient que de simples accidents résultant d’un labourage irrégulier ramenant toujours les terres dans le même sens, du haut du champ vers le bas.

Ces deux théories ont été soutenues et développées avec beaucoup de détails curieux par leurs savants auteurs. Les lecteurs du Naturaliste qui voudront appro- fondir cette question un peu spéciale liront avec un vif intérêt l'exposé de ces deux opinions dans le Bulletin de Ja Société (1).

L'origine artificielle des rideaux, due à la culture, avait déjà été admise par l’abbé Paramelle dans l’ouvrage cité plus haut; il dit en effet: «Le propriétaire du fonds supérieur ne voulant jamais laisser descendre sa terre sur le fonds inférieur par le fait de la culture, il dégarnit le haut et accumule insensiblement la terre sur le bas de sa propriété, à tel point qu'en beaucoup d'endroits, qui sont cultivés depuis bien des siècles, on voit au bas des champs et des vignes des talus de terre végétale qui ont jusqu’à quatre ou cinq mètres de hauteur. »

Cette théorie me paraît fausse, car, au contraire, si le laboureur veut, avec raison, retenir sa bonne terre, il doit chercher à la remonter le plus possible et par suite, dimi- nuer le talus inférieur.

Le même auteur effleure aussi un peu, cependant, l'opinion de l'origine naturelle des rideaux quand il

(1) Bulletin de lu Sociélé géologique de France, t. XVHI, séance du 2 juin 1890; t. XIX, 3 novembre 1890.

10 LE NATURALISTE

ajoute : « Les eaux pluviales contribuent aussi à dénuder le haut de chaque héritage et à faire descendre les terres meubles vers le bas. »

J'ai, moi-même, eu l’occasion de voir bien souvent les pays présentant le phénomène des rideaux et j'ai fait dernièrement plusieurs tournées spéciales au cours des- quelles j'ai pu recuillir sur cette question quelques notes que je vais développer sommairement ici,

Il faut citer parmi les régions géographiques particu- lièrement riches en rideaux le bassin crétacé de la Somme et les collines qui le bordent du côté de l'Oise au Sud et du côté des Flandres au Nord,

Les rideaux picards sont généralement peu élevés, ils dépassent rarement cinq ou six mètres, mais ils sont très longs et bordent toutes les vallées, auxquelles ils sont presque toujours parallèles; ils sont fréquemment superposés et tellement rapprochés qu’il n’est pas rare

donnerait-il pas lieu ici au même phénomène que sur la craie ? 1

Si on admet le dégarnissage progressif du haut de terrain au profit du bas, on est bien obligé de recon- naître que la couche de terre végétale doit toujours diminuer d'épaisseur en amont: or, justement dans les régions riches en rideaux, le bon sol est généralement extrêmement mince, rien que cette considération oblige le cultivateur à conduire le labourage de facon à laisser partout la même épaisseur de terre végétale.

Bien souvent les rideaux sont regardés, avec raison, comme des obstacles à la culture, surtout quand le même propriétaire possède et doit labourer d’un seul coup plu- sieurs parcelles séparées par ces ressauts de terrain; il voudrait bien les faire disparaître, mais il recule non seulement devant les travaux de terrassement que cette amélioration le conduirait à faire, mais surtout, devant

Vallée sèche avec rideaux latéraux à Mory-Mont-Crux (Oise).

de voir des champs de plusieurs centaines de mètres de longueur, dont la largeur, limitée entre deux rideaux, atteint à peine deux ou trois mètres. Il existe un champ cultivé de cette facon sur la rive droite de la Noye, près d’Ailly (Somme); le cultivateur a été obligé d’accepter cette forme, très incommode, de son terrain; s’il avait pu la modifier à peu de frais, il l'aurait certainement fait,

Cette observalion me paraît importante, car, sur une aussi faible étendue, il n’est pas possible que la culture ait déplacé un volume de terre dont la hauteur est égale ou supérieure à la largeur. Il est de plus difficile d’ad- mettre qu'un héritage aussi étroit soit précisément allongé dans le sens du thalweg, car c’est précisément le contraire qui à lieu le plus ordinairement; le seul moyen de faire un partage absolument juste d’un terrain incliné consistant à le fractionner dans le sens de la ligne de plus grande pente. C’est même l'application plusieurs fois répétée de ce principe qui donne à cer- taines régions un aspect si singulier. Les environs de Soissons et toutes les collines qui bordent la vallée de la Marne présentent des exemples frappants de ce morcel- lement.

Ces collines tertiaires à pentes souvent rapides ne pré- sentent jamais de rideaux, Pourquoi le labourage ne

le soin qu’il faudrait prendre pour ne pas enfouir la faible couche de sol utilisable, ce qui aurait fatalement lieu s’il se contentait d’abattre les rideaux en faisant descendre une partie du terrain supérieur sur l'in- férieur,

Les bords des vallées présentent souvent sur leurs flancs des ondulations transversales plus ou moins accentuées; dans ce cas, les rideaux, parallèles au thalweg principal, traversentles petits vallons secondaires sans que ‘la hauteur soit modifiée d’une facon appréciable et cela, quel que soit le sens du labourage,

M. Lasne a accompagné son mémoire d’un tableau indiquant les principales directions des rideaux dans le pays qu'il a tout particulièrement étudié : les environs de Doullens, et il s'appuie sur le parallélisme général des rideaux et des diaclases pour attribuer une origine géologique au phénomène et dire que ceux-là dérivent directement de celles-ci. On peut, je crois, ajouter la constance de direction sur des étendues considérables;

je citerai dans ce cas, parmi de nombreux exemples, les

rideaux élevés qui existent dans le Cambrésis, entre Busigny et le Cateau, sur la rive gauche de la Selle; ceux des environs d'Arras, entre Miraumont et Achiet- le-Petit, et enfin ceux situés au sud de Mons, près de

LE NATURALISTE al

Frameries, en Belgique, Ces derniers ont de telles dimensions, qu’il paraît impossible de leur attribuer une origine artificielle.

Il est bien évident qu’il existe souvent quelques petites irrégularités du sol qui ne peuvent provenir que de la culture, mais ce ne sont pas des rideaux.

Il est à remarquer que si les rideaux se rencontrent surtout dans les pays crayeux du nord de la France, on en voit aussi et de très caractéristiques, non seulement à la surface de la craie dans d’autres régions, mais encore sur les affleurements de formations très diverses. Seulement, sauf quelques exceptions assez rares, les rideaux intéressent toujours les terrains calcaires et parmi ceux-ci les plus facilement délitables sous l’in- fluence des agents atmosphériques. Dans tous les cas, la topographie est la même : vallées à flancs peu incli- nés présentant une succession de terrasses séparées par des ressauts plus ou moins hauts dont la pente est celle dés talus naturels d’éboulement.

Dans les exemples, fort -rares, d’ailleurs, de rideaux sur des terrains argileux ou sableux, il est très probable qu'une couche calcaire existe à faible distance au- dessous. Une étude spéciale locale ramènerait sans doute facilement ces anomalies apparentes dans le cas général.

L'action dissolvante des eaux météoriques paraît évi- démment étre le principal agent de formation des rideaux; mais je ne crois pas qu'il y ait lieu de faire intervenir les nappes générales profondes ; non pas que

_ l'éloignement du support imperméable soit un obstacle, car l'épaisseur des formations imbibées est quelquefois considérable ; mais dans les pays qui nous occupent, l'acide carbonique qui permet aux eaux de dissoudre les roches calcaires n’a pas une origine interne; il provient ordinairement de l'atmosphère et surtout de la combus- tion naturelle des matières organiques de la surface du sol. Peau, en tombant sur celui-ci, absorbe une forte proportion d’acide carbonique qui ne tarde pas à se saturer de carbonate de chaux en pénétrant dans le sol calcaire,

Si la roche est faiblement fissurée et force ainsi l’eau à la traverser lentement, celle-ci est rapidement saturée de bicarbonate de chaux à peu de distance de la surface ; au-dessous, la température s’élevant progressivement, même d’une très faible quantité, il y a départ d’acide carbonique et le carbonate neutre de chaux se dépose de nouveau. C’est ainsi que dans la craie du nord de la France, on voit rarement la zone de décalcification actuelle dépasser une profondeur de quelques mètres. Onne peut donc pas croire que les eaux profondes de cette région tiennent encore en dissolution assez d'acide carbonique en excès pour attaquer la roche. C’est seu- lement quand il existe des fractures largement ouvertes que l’eau peut pénétrer rapidement à une grande dis- tance du sol; or, ce cas est relativement rare,

JL est important de remarquer, en outre, que les rejets sont beaucoup plus rares que les simples fractures et que les rideaux; c’est seulement quand celles-ci exis- tent à proximité du sol qu'elles se terminent par des rideaux,

Dans les coupes de la craie et de la plupart des ter- rains calcaires situés sur les bords des vallées, les

diaclases dirigées parallèlement au thalweg sont de beaucoup les plus abondantes.

Les eaux qui ruissellent à la surface du sol en descen-

dant vers la vallée, rencontrent un grand nombre de ces

fractures dirigées perpendiculairement au sens de leur écoulement, Si ce sol était homogène et non 'fragmenté, ces eaux pénétreraient régulièrement dans la masse du terrain; mais, dès qu’elles rencontrent des fissures, même peu ouvertes, elles profitent de cette facilité d’introduc- tion dans la roche; les fentes sont aïnsi rapidement élargies par dissolution. Si une période de sécheresse survient après la pluie et si la roche est facilement déli- table, comme la craie blanche, elle se fragmente et la lèvre inférieure de la fissure s’affaisse, surtout si le terrain est en pente un peu raide; une pluie suivante dissoudra de préférence cette partie délitée en petits morceaux etla différence du niveau entre les deux bords de la fracture ira ainsi en s’accentuant à la surface du sol sans qu’il y ait en profondeur de rejet visible et quel que soit d'ailleurs, non seulement la distance de la couche imperméable qui retient la nappe souterraine, mais encore le niveau supérieur de celle-ci.

Je pense donc que les rideaux ont une origine géolo- sique intimement liée à celle des diaclases, mais que l’action des nappes profondes n’y est pour rien, au moins dans la plupart des cas. Les eaux superficielles, qui sont les plus dissolvantes, sont généralement suffisantes pour produire le phénomène. Il faut seulement que le sol soit-constitué à une faible distance de la surface par une roche calcaire fissurée, facilement délitable et soumise sur les pentes à des alternatives de sécheresse et d’hu- midité.

Cette dernière condition explique l'absence de rideaux dans les forêts et dans les prairies. Dans le premier cas, Pépaisse couche des feuilles mortes et l’humus qui recouvrent le sol diffusent l’eau et l’obligent à pénétrer très lentement et régulièrement sans choisir les fissures qui peuvent exister au-dessous; enfin, la végétation s'oppose à la dessiccation, Quant aux prairies, il est à peine besoin de dire qu'elles sont utilisées ainsi préci- sément parce que le sol toujours humide de ces terrain; se prête parfaitement à ce genre de culture.

La figure ci-jointe est la reproduction exacte d’une photographie prise spécialement pour accompagner cette note ; elle représente une vallée sèche, dans l'Oise, à Mory- Mont-Crux, près de Breteuil. Le fond, légèrement concave, a 100 mètres de largeur; les flancs sont peu inclinés et présentent de nombreux rideaux d’une hauteur moyenne de 4 mètres. A gauche, on voit, devant le bouquet d'arbres, trois rideaux successifs ; celui du milieu a été en partie détruit par le propriétaire du terrain, qui à préféré faire un grand travail, pour labourer deux champs d’un seul coup. Le parallélisme des diaclases et des rideaux, peut être observé dans une carrière située sur la droite de cette vallée.

Cette coïncidence, dans la direction des fractures et des rideaux est très remarquable dans les magnifiques carrières de craie blanche à Belemnitelles de Caix-en- Santerre (Somme).

Comme exemples de rideaux intéressant des terrains autres que la craie, on peut citer : tout près de Paris, certains vallons des environs de Louvres (Seine-et-Oise), sur le calcaire de Saint-Ouen et le calcaire de Louvres. Enfin, dans le Boulonnais, les champs situés sur les affleurements oolithiques des environs de Marquise sont remarquables à ce point de vue et contrastent avec les autres terrains de culture tout aussi inclinés. mais situés sur les couches argileuses de l’oxfordien ou du crétacé inférieur. Henri BoursAULT.

12 LE NATURALISTE

LE CAMPHRIER SON PRODUIT

Le Camphrier (Cinnamomum Camphora Fr, Nees et Ebermier Laurus Camphora, L. Camphora officinarum G. Bauhin) est un grand arbre qui atteint 10 à 15 mètres de hauteur, qui vit dans une aire très étendue, car on le trouve dans toute la Chine centrale et les îles

du Japon, En Chine, il abonde particulièrement dans les

près de Gênes, et un autre dans le pare du Palais- Royal. de Cabo dinbnte près de Naples

Cet arbre a été aussi introduit depuis Ines dans la basse Provence, il supporte aisément les petites gelées. Le Camphrier a été importé à la Réunion; il est rare dans la basse Cochinchine; on en trouve quelques pieds dans les forêts du Cambodge qui bordent la pro- vince de Tay Ninh; les troncs fournissent un excellent bois, très estimé à cause de son odeur et employé dans la fabrication des malles, des tiroirs d’armoires et d’un grand nombre de petits objets.

On retire du camphre d’autres plantes que le cam- phrier de Chine parmi les- quelles la plus remarquable est le Dryobalanops aroma- tica, grand arbre de l’Ar- ch:pel indien, Les deux sor- tes de Camphre, fournies par les deux arbres cités ci- dessus, ont foujours été re- gardées par les Chinois comme parfaitement dis- tinctes; ce fait doit être à l'esprit quand on étudie l’histoire du camphre. En

sont fournies par les écrits chinois, on s'assure que quoique l’arbre ft évidem-

cle, et probablement à une époque antérieure, et par- ticulièrement signalé à cau- se de son bois précieux, il n'est fait aucune mention de son produit.

Le She-Chin, l’auteur du célèbre traité de britanni- que Pun-Tsao-Kang-Mieh , écrit au milieu du xvi* siè- cle, connaissait bien les deux sortes de camphre, l’une produite par le Cam- phrier de son propre pays, l’autre importée des îles Malaises, Il raconte qu’on prépare le premier en fai- sant bouillir le bois et qu'on le purifie à l’aide de sublimations répétées. Mar- co Polo, vers la fin du x siècle, visila les forêts de

Fig. 1. Le Camphrier de Chine (Cinnamomaun camphora). Fokien, dans le sud-est de

provinces de l'Est et du Centre, celles de Chekiang, de Fokien et de Kiangsi. Il est également abondant dans l’ile de Formose, il couvre toute la chaîne de mon- tagnes qui s'étend du nord au sud et s'élève jusqu’à une altitude de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer. I] croît vigoureusement dans les contrées tropi- cales et subtropicales. Dans les jardins de l'Italie, ü se

développe en un grand et bel arbre qu'on peut cultiver

Jusqu'au lac Majeur vers le nord, En 1874, j'ai vu un su- perbe Camphrier dans le jardin de la villa Palavicini,

la Chine et raconte qu’elles possèdent un grand nombre d'arbres qui donnent du camphre. Il paraît en résulter que le Camphrier était connu à l’époque de Marco Polo; cependant il est bien certain que les renseignements les plus anciens que l’on ait trouvés sont relatifs au camphre très estimé des îles Malaises, qui constitue encore aujourd’hui un des corps les plus en faveur parmi ce groupe de substances,

Il ne paraît pas que le camphre soit parvenu en Eu-

rope En la période classique de la Grèce et de Rome. La première mention relative à ce corps, que

parcourant les notions qui

ment connu au IV siè-

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l'on connaisse, se trouve dans Pun des plus anciens monuments de la langue arabe, le poème d’'Imru-I-Kais, prince de la dynastie de Kindahs, qui vivait dans lHa- dramank au commencement du vie siècle. À peu près à la même époque, Æétius, d’Amida (la mo- derne Diarbekir), employait le camphre en médecine; mais d’après la facon dont il en parle, il était à cette époque évidemment fort rare, Car, pendant plusieurs siècles con- sécutifs à cette époque, le Camphrier fut con- sidéré comme l’un des parfums les plus rares et les plus précieux. Il est mentionné en 6:6 avec le musc, l’ambre gris et le bois de san- tal, parmi les trésors que Chosroès IT, roi de Perse, de la dynastie de Sassanian, pos- sédait dans le palais de Madain, sur le Tigre, au nord de Babylone. Parmi l’immensité des choses précieuses, dispersées au Caire, à la chute du khalif fatimite Mostanser, au xr° siè- cle, les historiens arabes signalent avec éton- nement les masses de camphre, et les figures de melons de camphre ornés d’or et de bijoux ainsi que de grandes quantités de musc et de bois d’aloës. Il faut rappeler aussi que vers 642, les princes indiens envoyaient du camphre, comme tribut ou présent, aux empereurs de la Chine, et qu’à l'époque de Teenpaou (742- 159) les Cochinchinois apportaient à la cour de Chine un tribut de camphre de Barus, re- —. cueilli, d'après le dire des ambassadeurs, _ dans le tronc des vieux arbres, et possédant . un parfum tel qu'on n’en trouverait jamais de pareil. Masudi, quatre-siècles plus tard, men- tionne un présent semblable offert par les In- diens à un potentat chinois; 1,000 menns (933 grammes) de bois d'aloès étaient accompagnés de 10 rmenns de camphre, dont la qualité supérieure était indiquée par ce fait qu’il se présentait en morceaux aussi gros ou plus gros qu'une pistache. Entre 1342 et 1352, une ambassade quitta Pékin portant une lettre du Grand Khan au pape Benoît XII et des présents'de Soie, des pierres précieuses, de muse, de camphre et d'épices. Le célèbre voyageur Ibn Batuta rapporte qu'après avoir visité le roi de Sumatra, on lui présenta, au mo- ment de son départ (1347), du bois d’aloès, du camphre, des clous degirofle,du bois de santalet diverses provisions. Ishäk Ibn Amrân, médecin arabe, qui vivait vers la fin …. durx° siècle, et Ibn Kurdablah, géographe de la mème époque, furent les premiers à signaler que le camphre _ était un produit de l'archipel Malais. Leurs renseigne- _ ments sont reproduits par les écrivains arabes du moyen âge, qui affirment tous que le meilleur camphre —est un produit de Fansür, Cette localité, nommée aussi Kansür ou Kaisûr, fut visitée au xur° siècle par Marco Polo, qui parle de son camphre comme se vendant au poids de l’or. Yule pense que cette localité est la même que Barus, ville située sur la côte occidentale de Suma- lra et qui donne encore aujourd’hui son nom au camphre produit par cette île. De tous ces faits et de plusieurs autres que l’on pour- - rait ajouter, il est permis de croire sans aucun doute que le premier camphre employé fut celui qu'on trouve tout formé dans le tronc du Dryobalanops aromatica de Suma- . tra, et non celui du Camphrier,

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es k ONE AO 0 DE NATURXLISLE

On ignore à quelle époque et sous l'influence de quelle instigation les Chinois commencèrent à exploiter le Cinnamomum Camphora pour en extraire le camphre.

Le camphre était connu en Europe comme médica-

Le Camphrier, inflorescence.

ment dès le siècle, Cela est prouvé par la mention qu'en font l’abbesse Hildegard, qui le nomme Gamphora, Otho de Crémone et le chanoine danois Harpestreng, mort en 1214. Garcia d’Orta dit, en 1563, que lecamphre de Chine est seul importé en Europe, celui de Sumatra et de Bornéo coùtant cent fois plus cher et étant con- sommé tout entier par les peuples de l'Orient, Kämpfer, qui visita le Japon en 1690-92 et qui figura l’arbre au camphre du Japon sous le nom de Lanrus Camphorifera, déclare expressément que cet arbre diffère entièrement de celui qui fournit le Camphre de l'archipel Indien. Il dit aussi que le camphre de Bornéo figurait parmi les marchandises les plus précieuses importées au Japon par les Hollandais, dont les cargaisons de retour com- prenaient le camphre du Japon, dans la proportion de 6.000 à 12,000 livres par an. Ce camphre était raffiné en Hollande par un procédé qui fut tenu longtemps secret; on l’introduisait ensuite sur le marché, A l’époque de Pamet (1,694 et auparavant) le camphre brut était commun en France, mais on l'envovait en Hollande pour le faire purifier. Le Laurus Camphora L. appartient à la famille des Lauracées. Henri Jorer.

LE PAPILIO MACHAON, Linné et ses différentes variétés

Le Papilio Machaon, en raison de sa grande fréquence ct surtout de la parure si riche et si gracicuse dont la nature l’a

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gratifié, a attirer de bonne heure l'attention des observa- teurs, aussi sa connaissance remonte-t-elle à une époque relati- vement reculée. Cependant, malgré l’origine déjà ancienne de cet insecte, son histoire est demeurée incomplète pendant fort longtemps. Les premiers naturalistes qui ont succédé à Linné, ne connaissaient d’abord ce gracieux papillon que sous sa forme normale qui est celle qui est répandue dans les régions tempérées de l’Europe. Puis, on constata successivement sa présence sur tous les points de notre continent : dans le Nord de l’Afrique, dans un grand nombre de stations de l’Asie; et l'observation attentive permit de découvrir que cette espèce qui, dans le principe, paraissait être invariable, c’est-à-dire douée d’une grande fixité de caractères, est sujette, au contraire, à subir des modifications d’aspect importantes résultant évi- demment d’influences climatériques diverses.

Machaon, dans l’état actuel de la science entomologique, constitue donc une forme assez mobile; et il est à présumer que le nombre de ses variétés est susceptible de s’accroitre à la suite de découvertes que nous réserve l’avenir. En attendant la réalisation de cette prévision, nous avons jugé à propos de réunir dans une notice monographique destinée aux lecteurs du Natwralisle les différents documents qui intéressent l’histoire de cette espêce, l’une des plus remarquables parmi nos Lépi- doptères diurnes.

19 Papilio Machaon Linne (forma lypica).

Le Machaon typique que tous les entomologistes connaissent ne change pas sensiblement d’aspect dans les régions tem- pérées de l’Europe. Nous possédons toute une série d’exem- plaires originaires les uns du Nord et du Midi de la France, les autres d'Allemagne, de l'Angleterre et de l’Autriche chez lesquels il est impossible de relever la moindre différence va- lant la peine d’être signalée, sauf celle résultant de la taille, laquelle oscille, du reste, dans des limites assez étroites. Cepen- dant la fixité des caractères de cette espèce n’est pas telle qu’elle

Fig. 1. Chenille de Papilio Machaon.

exclut toute idée de variation. Nous capturons, en effet, de temps en temps, sur les premiers contreforts du Jura, dans le voisinage immédiat de Bellegarde, au premier printemps, vers la fin d’ayril, des Machaon qui tranchent assez nettement avec la forme que l’on a l’habitude de voir communément. Chez ces exemplaires printaniers les couleurs sont, en général, beaucoup plus ternes que d’habitude; la nuance jaune est un peu blan- châtre ; les parties noires n’offrent pas la vivacité ordinaire; et les taches bleues des ailes postérieures ont contracté une teinte grisâtre lorsqu’elles ne sont pas totalement effacées. Si lon considère que beaucoup de Lépidoptèéres, tels que les" Vanessa, qui passent l'hiver à l’état d’insecte parfait, présentent, lors de leur réapparition au printemps suivant, une décoloration très sensible de leur livrée, laquelle résulte, soit de l'action du froid, soit de celle de la lumière, on est tout disposé à penser que le changement d'aspect que nous signalons ici est attri- buable aux mêmes causes. Nous supposons, par conséquent, que les exemplaires du Machaon dont il s’agit sont de simples retardataires qui ont été surpris par les intempéries et qui ont accompli une hibernation forcée ; à moins, cependant, qu’ils ne puissent étre envisagés comme des aberrations purement for- tuites ou provoquées par des influences locales d’une nature particulière. Quoi qu’il en soit de cette question, Machaon ne

LE NATURALISTE : FN]

varie guère dans les régions moyennes de l’Europe. Cette espèce, sous notre climat, est une des plus fixes que nous connaissions. Elle s’étend vers le Nord en Suède, en Norvège, dans la Russie septentrionale sans éprouver de variations bien appréciables, Vers le Sud Machaon couvre tout le midi de l'Europe, il présente une variété plus ou moins accidentelle qui se retrouve également avec des caractères plus fixes sur la côte septentrionale de l'Afrique. Il passe vers l'est dans l'Asie Mineure, se répand dans la Perse, dans le Turkestan et jusque dans les parties les plus orientales de la Sibérie, il revêt une forme particulière analogue à celle qui est spéciale au Maroc et à l'Algérie. Nous étudierons successivement ces différentes races dans cette notice monographique; mais avant de procéder à cette analyse, nous devons accorder quelque attention aux premiers états de notre beau, mais vulgaire papilionide, lesquels sont généralement moins bien connus que l’insecte parfait. Machaon provient d’une fort jolie chenille qui se nourrit de différentes plantes de la famille des Ombellifères, et notamment de la carotte, soit cultivée, soit sauvage, et du fenouil. A la sortie de l’œuf, qui est d’un jaune verdâtre, et que la femelle a pondu pour la première fois en mai ou en juin, la jeune larve est presque entièrement noire; elle.s’éclaircit ensuite successi- vement après chaque mue, jusqu’à ce qu’elle ait acquis sa livrée définitive qu’elle conserve depuis sa quatrième et der- nière transformation jusqu’à l’époque de sa mise en chrysa- lide. Dans l’état adulte la robe de notre larve est d’un beau vert-pomme très vif, qui laisse apparaître sur le milieu de chaque segment une bande étroite, transversale, d’un noir profond, marquée de six gros points d’un jaune orangé ou rougeâtre, lesquels forment par leur disposition respective des séries longitudinales très régulières, dont deux dorsales et deux latérales. La bande qui couvre le premier segment thora- cique est entièrement noire; celle du second ne porte que quatre points; le segment anal n’est marqué que de deux points rouges; et sa bande noire est divisée en sept taches distinctes qui sont disposées sur deux rangs successifs. Chacune des pattes écailleuses, qui sont vertes, se trouve ornée extérieu- rement d’un gros point noir qui apparaît également sur le mi- lieu du côté externe des pattes membraneuses. Enfin, on observe une rangée de taches noirâtres, doubles ou géminées, qui s’é- tend immédiatement au-dessus des précédentes, depuis le qua- trième jusqu’au dernier anneau, ainsi que de nombreuses macules de mème couleur, de forme irrégulière et de dimen- sions très inégales sur toute la face ventrale. Cette livrée, qui est celle qu’on remarque le plus ordinairement, est cependant sujette à varier. Nous avons, en effet, sous les yeux deux exem- plaires de la larve de Machaon que le docteur Staudinger nous a adressés d'Allemagne sous le nom d’Aber-Nigiscans, et qui différent du type que nous venons de décrire par l’envahisse- ment de toutes les parties noires. Les différents sesments, très normalement ponctués de rouge, seul d’un noir fuligineux presque uniforme; et la couleur verte du fond n'apparaît plus que sur les côtés, un peu au-dessus des pattes, sous la forme de taches irrégulières. La face ventrale de ces chenilles est restée verdâtre; mais les macules foncées y sont plus larges; et toutes les incisions sont lavées de bistre foncé. Ce change- ment d'aspect si profond et si anormal n’influe cependant nul- lement, paraît-il, sur l’aspect de l’insecte parfait; car les papil- lons qui proviennent de cette variété accidentelle de la chenille sont semblables à ceux qu'engendrent les larves ordinaires. Ajoutons iei que c'est généralement en juin que la chenille de Machaon parvient à son entier développement. Elle se fixe alors, par la queue ct par un lien soyeux transversal, contre l’une des tiges de la plante nourricière et ne tarde pas à se transformer en chrysalide Celle-ci, d’un vert plus ou moins jaunâtre et finement striée de linéoles plus foncées, se distingue dela nymphe des espèces congénères par sa tête proéminente et obtusement bifide, par son dos légèrement caréné etparune ligne plus claire que le fond qui règne de chaque côté de l'abdomen. Elle éclôt ordinairement trois semaines après sa formation, c'est-à-dire vers la fin de juillet, et l'espèce paraît une seconde

fois pendant toute la belle saison. Les pontes nouvelles qui sont +

effectuées à ce moment, produisent des chenilles qui devien- dront à leur tour adultes avant l'hiver; et c'est sous la forme de nymphe ou de chrysalide que Machaon passe la mauvaise saison, en attendant le retour du printemps suivant. Ce Papilio

est, par conséquent, du nombre de ceux qui accomplissent deux

évolutions successives dans le courant de l’année, mais ni l’une ni l’autre ne produit de modifications appréciables dans le

faciès de l’insecte parfait, du moins dans les latitudes tem=

pérées de notre continent,

LE

20 Papilio Machaon Linné Aberratio Aurantiaca, de Selys.

Machaon, nous l'avons dit plus haut, à passé pendant long- temps pour une espèce très fixe, mais les observations mo- dernes ont démenti cette ancienne opinion en établissant, au contraire, qu’elle est sujette à subir des changements de carac- tères nnportants, à mesure qu'elle s'éloigne du centre de lEu- rope pour se répandre sur des stations plus lointaines du terri- toire Paléarctique. Sans dépasser les limites géographiques de notre continent, on observe deux variétés très intéressantes de Machaon que nous allons étudier successivement. La première est représentée par une forme aberrante accidentelle, mais assez Constante, qui se distingue du type normal par une colo- ration ocracée plus ou moins chaude qui revêt d’une manicre uniforme les deux faces opposées des quatre ailes, sans mo- difier, en quoi que ce soit, l'ampleur ni la forme des dessins noirs. La nuance fauve est si vive chez certains exemplaires quelle devient franchement orangée; tandis que chez d’autres elle pâlit sensiblement en passent peu à peu, par des termes transitoires, au jaune clair de la forme typique. C'est un ento- mologiste belge, M. de Selys-Lonchamps, qui désigna le pre- mier cette curieuse aberration par un nom spécial, bien qu'elle füt déjà connue depuis de longues années, puisqu’on la trouve figurée dans l’ouvrage de Godard, quoique sans désignation particulière. En général, elle est fort rare et ne s’observe qu’ac- cidentellement et de loin en loin. M. de Selys l’a signalée en Belgique; nous-même, nous l’avons capturée pour la première fois dans les fortifications de Strasbourg, avant les événements de 1870; et M. Kroëner, alors conservateur du Museum de cette ville, avait rencontré la même variété quelques années auparavant sur différents points des bords du Rhin. Nous avons repris Aurantiaca en 1875 aux environs de Lyon, maïs en exemplaires moins vifs que ceux d'Alsace; enfin plusieurs autres entomologistes ont signalé la présence de cette intéres- sante variété dans le nord de la France; tandis qu’elle aurait été observée par M. Alpheraky dans le Caucase et dans les Alpes du Tian-Chan. Il est probable qu’Aurantiaca accompagne Machaon dans la plupart des stations géographiques que fré= quente cette espèce, mais qu’elle est plus répandue et surtout Mieux caractérisée dans les régions tempérées de l’Europe.

AUSTAUT. (A suivre.)

SUR LE DÉVELOPPEMENT DES AXOLOTLS

A la fin du mois d'octobre 1889 j’ai recu un couple d’Axo- lotls o? eQ que je pris dans un grand’aquarium avec nom- breuses plantes. Pendant l’année 1890 la femelle n’a jamais pondu ; mais le 5 mars 1891, elle se mit à pondre; la ponte continua jusqu’au {0 mars. Il y avait alors 150 œufs à peu près; mais j'ai constaté que seulement une quarantaine, avait été fécondés. Le 9 avril 40 petits éclosérent mais bien- tôt en moururent 31; les autres se développérent très bien. J'ai cru intéressant de donner ici une table du développement depuis l’éclosion jusqu’à l’âge de trois mois.

Valeur moyenne Valeur moyenne du développement du développement

Jours Longueur moyenne Tota par Jour

Centim. Centim. Millim. 1 1 0,00 0,00 6 1,30 0,30 0,50 25 2,30 1,00 0,50 30 2,60 0,30 0,50 40 3,10 0,50 0,50 30 4,00 0,90 0,90 60 5,00 1,00 1,00 70 6,00 1,00 1,00 80 1,00 4,00 1,00 91 8,50 1,50 1,00

Je n’ai pu m’occuper de mes Axolotls, dans les mois de juil- let, août, septembre; aujourd’hui 20 octobre, j'ai mesuré mes amphibiens. Voici la longueur totale etle développement qu’ils ont eu.en 103 jours.

Longueur 12 eentimètres.

Valeur moyenne du développement total 3,00 centim. » » » » par jour 0,33 millim.

Leur force de croissance à donc diminué depuis l’âge de

trois mois. J’ai repris mes observations pour voir à quelle

NATURALISTE 15

époque reviendra une nouvelle période de croissance rapide, ou si l’accroissement se fera toujours aussi lentement jusqu’à l'âge adulte. J'ai constaté que les pattes antérieures com- mencent à apparaître vingt jours aprés l’éclosion et sont com- plètement développées à l’âge de 26 ou 28 jours

Les pattes postérieures apparaissent le ciuquantième jour, et sont bien développées à l’âge de 64 jours.

Comme il s'était déclaré une espèce de gangrène aux pattes ct à la queue, j'ai amputé le 2 juillet les membres malades; e » octobre chaque membre est parfaitement reproduit, sibien qu'on ne le distingue pas des membres demeurés intacts.

Jean-Marius BERTroLDo.

LIVRE NOUVEAU

Festschrift zur Feier des Funfzigjahrigen Doctor Jubi- läums Herrn Prof. Dr Karl Wilhelm von Nägeli in München und Herrn Geheimrath Prof. Dr Albert von Külliker in Würz- burg gewidmet von der Universität, dem Eigd. Polytechnikum der Thierarzneischule in Zürich. 8 mai 1890 9 juin 1891. Zurich, in-4°, 1891.

Ce volume, qui comprend 13 mémoires des savants les plus distingués de Zurich, a été imprimé par les soins de l’'Uni- versité, de l’Ecole polytechnique et de l'Ecole vétérinaire de Zurich, en mémoire des illustres maîtres H.-W. Nägeli et Alb. Küiliker.

1. Dr C. Cramer, Professor der Botanik am Eidgenôssischen

Polytechnikum in Zürich: Ueber Caloglossa Leprieuri (Mont.

Harv.) J.-G. Agardh. 3 PI.

. Dr Px. SrüHr, Professor der Anatomie an der Universität

in Zürich : Die Entwicklung des Adenoiden Gewebes, der

Zungenbälye und der Mandeln des Menschen. 1 PI.

3. Dr Auc. Forez, Professor der Psychiatrie an der Univer- sität in Zürich, unter Mitworkung von Herrn Director May- ser in Hildburghausen und Herrn Obcrarzst De Ganser in Dresden : Ueber das Verhäültniss der experimentellen Atrophie und Degeneration Methode ‘zur Anatomie und Histologie des Centralnervensystems. Ursprung des IX, X und XII Hin- nerven. 1 PI.

4. Dr As. Hem, Professor der Geologie und Director der geologischen Sammlungen am KEïidgenüssischen Polytech- nikum und der Universität in Zürich : Ueber Sammlungen für allgemeine Geologie.

5. Paur MarrTiN, Professor an der Thierarzneiïschule in Zürich : Die Entwicklung des Wiederkauermagens und Darmes. 1 PI. et 28 fig. dans le texte.

6. Dr O. Haas, Professor der Ophthalmologie an der Uni- versität in Zürich : Der Hirnrindenflex der Pupille.

1. Dr Warrxer FELix, Prosector und Privatdocent an der Universität in Zürich : Die erste Anlage des Excretion- systems Hühnchens. 4 PI.

8. En. Scxar, Professor der Pharmacie am Eidgenüssischen Polytechnikum in Zürich: Ueber Einwirkungen des Cyan- wasserstoffs, des Chloralhydrats und des Chloralcyanhydrins auf Enzyme, auf Keünfähige Pflanzensamen und auf niedere Pilze.

9. D' Coran KELLER, Professor der Zoologie und Eidgenüs- sischen Polytecknikum in Zürich : Das Spongin und seine mechanische Leistung im Spongienorgarnismus. 1 PI.

10. Dr A. Dopez; Professor der Botanik an der Universität in Zürich : Beilrage zur Kenntniss der Befruchtungs-Er- scheinungen bei Iris sibirica. 3 PI.

11. Dr E. Overton, Privatdocent der Biologie an der Uni- versität in Zürich : Beilrage zur Kenntniss der Entui- chklung und Vereinigung des Geschlechtsproducte bei Lilium Martagon. 1 PI.

12. Dr Karz Fieocer, Privatdocent der Zoologie und der Universität und am Eidgenüssische Polytecknikum in Zü- rich : Entwicklungsmechanische Stludien an Echinoderm- Eiern.

43. Dr Arno Lac, Professor der Zoologie und verglei- chenden Anatomie an der Universität und am Eidgenüs- sischen Polytechnikum in Zürich : Ueber die äussere Mor- phologie von Hæmentèria Ghilianii, F. de Filipp. 1 pl. et 3 fig.

19

G, MALLOIZEL.

- LS F. en «ù FI ATTÉRE S Le K à = 3 DE % pe à fe 16 LE NATURALISTE Tv 4 DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVE AUX 42. Driesch, H. Entwicklungs mechanische Studien. I. Der Werth der beiden ersten Furchungszellen in der Echinodermenentwicklung. Experimentelle Erzcugung , É RAP phoer L von Theil und Do elbildungen. Phragmatobia Lomphosen, Ho er miblime Le II. Ueber die Rare des Lichtes zur ersten Etappe Dessus des supérieures d’un beau vert tendre uni opUe et gant Aertbienechon Formbidung. PI. VII. de poils verts à la base et le long du bord ane ; SeREQue Zeitsch. Wissensch. Zool. 53. pp. 160-184. des DES ailes lisse, également MerLAnE SEE ER TERRE Gadeau de Kerville, H. Note sur deux vertébrés pâle. Inféricures diaphanes, blanc verdâtre plus teinté le long albins : Lapin de garenne (Lepus cuniculus L.) et Be de la côte, par-dessous. Côte des supérieures rose en dessus et De 1 ulus L.) et Bécasse D RE et ane EN TENE Te IE TES ES bécassine (Scolopax Gallinago L.). en dessous ; franges et rosé aux HU en D RS . Buil. Soc. Amis Sci. Nat. Rouen. 1891, pp. 61-63. aux inférieures. Tête Que none e ne mr sr 14. Garstang, MA Noon al nen dd Duntire type + thorax et ptérygodes couverts d épais poils verts, Sr e Compound Ascidian, fig. l'abdomen jaune rosé, orné au milieu de ee noirs ns no date G. aggregatin - le premier peu visible, chaque Harc ve é Le petits poils Zool Anzeig. 1891, pp. 129-424. blanc verdâtre. Dessous du corps vert pa F: pa pes, Ro 15 De Guerne, J., et Richard, J. Synonymie et de etédessous du cou xosés, pattes vertes avec les Gxtrémntes bution géographique de Diaptomus alluandi. rosées. A se ce PES Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 213-218. Une Q des environs de Loja, 1590. 46. De Guerne, J. et Richard, Te Sur quelques Ento- Zonosoma Alodia, n. sp. 31 à 33 millimètres. Supé- mostracés d’eau louce de Madagascar. rieures pointues à l’apex ; inférieures avec deux petites dents Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 223-224. à l’angle anal et une petite queue au bout de la deuxième et | 4%. De Guerne, J.. et Richard, J. Entomostracés re- de la troisième. Dessus des quatre aïles blanc de lait ; les su- cueillis par M. Charles Rabot en Russie et en Sibérie. périeures, striées de brun tout le long de la côte, Se quatre Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 232-236. lignes transversales couleur café au lait, à seconde,généralement | 4S. Haïlez, P. Addition à la liste des Bryozoaires du Bou- plus large et mieux indiquée (dans l’un de nos exemplaires, la lonnais. troisième ligne manque complètement) ; lés inférieures ont Revue Biol. du Nord. 1891, pp. 119-120. trois lignes se dirigeant vers la naissance de la queue elles | 49. Hargitt, E. On two New Species from the Pilcomayo. FE: en petites stries; un fin liséré noir subterminal borde Ibis. 1891, pp. 604-698. la plus grande partie du bord externe qui est frangé de noir | 20. Henneguy, L.-F. Nouvelles recherches sur la division avec poils blonds ; deux points noirs finement bordés d’orange cellulaire indirecte. ornent la queue, l’un bien marqué au bout de la er Journ. de l’Anat. 1891, pp. 397-423. l’autre au bout de la troisième, petit et disparaissant dans cer- | 24. Holland, W.-J. Anar Lepidoptera. PI. III-V. tains exemplaires. Dans l’un de nos spécimens, le gros point Melanitis hylecoctes. Discophora celebensis. Er- lui-même est presque entièrement atrophié et réduit à un fin golis Merionoides. Erg. celebensis. Appias liséré. Dessous des quatre ailes d’un blanc pur. Antennes pec- Panda, var. Nigerrima. Telicota subrubra. tinées, blanches à lames brunes. Tête, corps et pattes Paragerydus Macassarensis. ITraota Johnsoniana. blanches. Elymnias Hicelas. Elymn. Hewilsoni. Acraeux Sept o? et une Q des environs de Loja. Doherlyi. Tarucus clathratus. Gerydus maxi- P. Docnin. nus. (Toutes ces espèces sont figurées.) Proc. Boston Soc. Nat. Hist. 25, pp. 52-85. 22. Huet, J. Liste des espèces connues et décrites jusquà ce jour, appartenant aux familles des Ovidés et Capridés BIBLIOGRAPHIE ; (suite et fin). ———— Rev. des Sci. Nat. appliq. 1891, pp. 561-570. É 23. Hyde, J.-H. Notes on the Hearths of certain Mae ZOOLOGIE Americ. Natural. 1891, pp. 861-864. 4. Ambrose, John. Our Fishes and their Enemies 24. Jeffries, J.-A. Lamarckianism und Darwinism. Proc. N. Scot. Inst. Nat. Hist. VIT, pp. 394-404. Proc. Boston. Soc. Nat. Hist. 25, pp. 42-52. 2. Beddard, F.-E. Observations upon the Structure of à | 25. Labbé, A. Note sur un nouveau parasite du sang. ({»ypa- Genus of Oligochacta belonging to the Limiccoline Section. nomonas Danilevsky). PI. 35. Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 229-231. Transact. Roy. Soc. Edinb. 36, pp. 1-18. 26. Lewis, George. On new Species of Histeridae. 3. Bell Jeffrey, F. Some Notes on British Ophiurids. Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 381-405. Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 337-344. 24. Macpherson, H.-A. On Pelanogroma marina, a Petrel 4, Blanchard, R. Sur la Sangsue de Cheval du nord de new to the British List. l'Afrique. Ibis. 1891, pp. 602-604. Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 218-221. 28. Martin, Saint-Ange. Monstre phocoméle avec anoma-

5. Boulenger, G.-A. Description of a new Scincoid Lizard from North- Western Australia. Lygosoma Walkeri. Ann. Mag. Nat. Hist. 1894, pp. 405-406. - 6. Boulenger, G.-A. Remarks on the Genus Hetcrolepis, Smith. Ann. Mag. Nal. Hist. 1891, pp. 344-346. 7. Boulenger, G.-A. Description of a new European Frog. Rana gracca. Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 346-3535. 8. Cherrie, G.-K. Notes on Costa Rican Birds. Proc. U. S. Nal. Mus. 14, pp. 917-531. 9. Chilton, Chas. On à new and peculiar Fresh Water Isopod from Mount Kosciusko. PI. XXIII-XXVI. Phreatoicus N. G. Australis, Records Austral. Mus. I, pp. 149-170. 40. Cuénot, L. Infusoires commensaux des Ligies, Patelles et Arénicoles. 4 figures. Rev. Biol, du Nord. 1891, pp. 82-89. 41. Decaux. Les Acridiens ; leurs invasions en Algérie et en Tunisie; moyen rationnel de destruction. (Par la multiplication des Crapauds.) Rev. Sci. Nal. appliq. 1891, pp. 638-644.

29.

30.

31

32

lies internes.

Journ. de l’Anal. 1891, pp. 424-430.

Maury, M. Observations on the Tentacles of the Echi- nus. PI. IV.

Proc. N. Scot. Inst. Nat. Hist. VIT, pp. 479-481. Mégnin, P. Sangsues d'Algérie et de Tunisie ayant sé- journé plus d’un mois dans la bouche de bœufs et de chevaux.

Bull. Soc. Zool. de France. 1891, p. 222.

Moniez, R. Notes sur les Helminthes : Sur l'identité de quelques espèces de Trématodes du type Distoma Cla- vatum.

Rev. Biol. du Nord, 1891, pp. 108-118. Müller, L. L'intelligence des animaux. personnelles.)

Bull. Soc. Amis S. N. Rouen. 1891, pp. 49-60.

299

(Observations

G. MALLOIZEL.

Le Gérant: Émize DEYROLLE.

PARIS, IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.

LR MERS Tr A lue À RON. par

14° ANNÉE

LE DERNIER VOYAGE GÉOLOGIQUE PUBLIC DU MUSEUM _ EXCURSION DANS LES VOSGES

\

Nos lecteurs ont eu l’an dernier le compte rendu d’une excursion à laquelle, suivant l’usage, le public avait été invité à prendre part comme à un complément du cours de géologie du Muséum. C’est le bassin houiller de Saint- Etienne et le massif volcanique de Puy-en-Velay qui avaient été choisis comme théâtre du voyage.

Cette année la course a concerné la région vosgienne les motifs d'intérêt scientifique s'ajoutent en si grand nombre au pittoresque pour constituer un pays dont chaque détail est un enseignement et un plaisir.

Pour bien comprendre la structure et le mode de for- mation de

la chaîne lées Anomo- des Vosges, pteris Mou- il est tout geotti a- à fait utile vaient été d'en noter mises de cô- lesrapports par ‘les avec les ré- ouvriers gionsmoins ainsi que orientales des chau- et moins mes d’un soulevées. roseau tout La ligne du à fait carac- chemin de téristique, fer de Paris le Calamites à Nancy se arenaceus. prête mer- La ren- veille use- trée à Plom- ment à cet- bières est te recon- une prome- naissance , nade char- étant pres- mante que géomé- l’art, d’ail- triquement Eye. 1. Carrière ouverte dans le grès bigarré à Ruaux près de Plombières, Vosges. D’après leurs, s’a- perpendi- une photographie prise par M. H. Boursault, durant la dernière excursion, géologique publique du joute en eulaire àla Muséum d’histoire naturelle de Paris. maints en- direction droits à la d'affleure - nature pour

ment des différents terrains. C'est ainsi qu'à Epernay, les couches tertiaires, sur lesquelles Paris est bâti, cè-

“dent ia place à la craie blanche; à Vitry-le-Francois on

“entre dans l’infra-crétacé; à Bar-le-Duc on est dans l’oo- lithe supérieure ; à Commercy on est dans l'oolithe

-moyenne ; à Toul dans l'oolithe inférieure; à Nancy enfin dans le lias.

Celui-ci, d’ailleurs, cesse lui-même dès que l’on conti- nue vers l'est et c’est par ses rapports d’une part avec l’oolithe qu’il. supporte et d’autre part avec le trias sur lequel il est étalé, qu'a commencé la série des observa- tions pratiques du voyage.

Au point de vue du temps, cela n’a pas débuté trop bien et les carrières d’oolithe de la route de Toul auront laissé parmi nous des souvenirs passablement humides; mais le ciel a eu l'attention de se rasséréner les jours suivants où, entrés en montagne, nous avions besoin de

larges horizons autour des sommets escaladés.

Déjà, du reste, d’intéressants échantillons de roches

-et de fossiles récompensèrent les excursionnistes de leur vaillance à la peine et c’est sous la charge d’in-

LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.

2 SÉRIE HN 7

15 JANVIER 1892

nombrables cératites, dont chacune a plus de 30 centi-

mètres de diamètre, de terebratules, de myophories, etc., qu'ils rentrèrent à Lunéville et de à Nancy.

De cette ville à Plombières, on voit le trias se soulever progressivement etseréduire en lambeaux plus ou moins

disséminés à la surface du grès vosgien qui le supporte. Près de Plombières, à Ruaux, son terme le plus infé-

rieur, connu sous le nom de grès bigarré, est attaqué

par de larges carrières dont la figure 1 reproduit l’appa- rence d’après une excellente photographie de M. Bour- sault et nous avons recueilli beaucoup de fossiles intéressants.

Les plus remarquables sont des plantes, tantôt à l’état de tiges, tantôt sous la forme de feuilles dont toutes les nervures ont été conservées ef qui constituent parfois de magnifiques spécimens : de grandes frondes de fou-

gères appe-

faire valoir le site, par exemple à la fontaine Stanislas.

Tout le monde sait qu'à Plombières des sources chaudes sortent du sol: c’est même à ces eaux que la ville doit la plus grosse part (et de beaucoup) de sa prospérité, à cause des légions de baigneurs qui chaque année y sont envoyés par leurs médecins. Déjà les Ro- mains avaient tiré parti des belles sources dont il s’agit et qui sont à une température supérieure à 70 degrés: ils avaient construit des thermes monumentaux dont il reste encore beaucoup de vestiges et où, dit-on, trois cents soldats pouvaient se baigner ensemble.

Pour isoler les griffons chauds des infiltrations froides venant de la surface, ils les avaient captés à l’aide d’un énorme revêtement de bêton qui, malgré ses deux mille ans d’existence, est encore en bien des points parfaitement intact. Ailleurs, il a été crevassé, sans doute par l’effet des tremblements de terre qui, à diverses époques, ont agité la contrée et les eaux miné- rales, ainsi admises dans sa masse, y ont, à la faveur des siècles, engendré une série de minéraux dont l’étude été fructueuse à divers égards.

18

LE NATURALISTE

EE EEE TL LL EE

L'activité géogénique des eaux de Plombières se ma- nifeste encore de tous côtés, non seulement par les jolies cristallisations de spath fluor violet qu’elle déter- mine dans les fissures du granit; mais encore et surtout par le dépôt, en plusieurs crevasses de la roche, de la curieuse matière connue sous le nom d’halloysite,

La plupart des points celle-ci se dépose sont cachés aux regards par des éboulis ou par des constructions. Grâce à un intelligent habitant de Plombières, M. Colas, coutelier dans la grande rue, on peut se procurer en tous temps des spécimens de la curieuse substance. Cet ami des sciences, dont nous avons recu avec une vive gratitude l’accueil le ‘plus empressé, a ménagé au fond de sa maison une porte qui donne contre la paroi du rocher précisément en un point le suintement de l’eau minérale dépose constamment de l’halloysite. Il faut le voir, dans cette sorte de petite chapelle élevée à la géologie et éclairé par une bougie qui semble un

commencent les argilolithes, roches singulières dans les- quelles sont ouvertes les tranchées du chemin de fer et qui contiennent et des troncs d’arbres fossilisés et devenus durs comme de la pierre à fusil,

De l’autre côté de Faymont, sur la route de Remire- mont, on voit surgir du sol comme un gigantesque obé- lisque, un filon de quartz de 200 mètres d'épaisseur, tout rempli de cristallisations élégantes et qui est connu des touristes sous le nom de Roche Busnière.

Vers Olichamp, après qu’on est sorti des grands bois d’Hérival, la vallée s’élargit beaucoup et on ne tarde pas à y observer un accident qui est bien loin d’être ordi- naire, C’est l’existence de bourrelets du sol qui barrent cette vallée et que la route entaille en divers endroits. Il s’agit d’accumulations de galets mêlés sans ordre avec des graviers, du sable et du limon; ayant en un mot tous les caractères des murailles que les glaciers édifient sur leur front et qu’on appelle des moraines.

cierge, C'est le se mettre à premier genoux de- exemple vant le gi- » que nous sement, rencon- pour ex- trons de traire de la vestiges gla- crevasse ciairesdans humide des les Vosges; fragments mais nous de ce savon allons en de Plom- constater bières qu'il à bien d’au- distribue tres. avec tant à Entre Re- de bonne miremont grâce]à ses et la Bresse visiteurs. par exem- Une visite ple,une bel- à M. Colas LE le monta- és EOBRTE Fr. 2. Le Haut du Roc près de Vagney, Vosges, d’après une photographie prise par M. Bour- gne dite le un AVant- sault durant la dernière excursion géologique publique du Muséum d'histoire naturelle. G. HautduRoc goûtdel’ex- granite; V. grès vosgien; B. blocs erratiques de nature granitique, superposés aux assises grèé- et dontl’al- ploration seuses. titude dé- des galeries .passe 1,000

de captation des sources chaudes et celle-ci est une promenade des plus originales et des plus instruc- tives, sinon des plus agréables, La température régnant dans les tunnels dépassant 70 degrés, il est tout indiqué d'adopter pour s'y introduire un costume extrêmement sommaire : on éprouve tout d’abord, malgré cette pré- caution, une espèce de suffocation assez pénible, mais qui ne tarde pas à se dissiper, Les détails de l’instal- lation balnéaire n'avaient pour nous qu'un intérêt secon- daire ; il était au contraire fort important de recueillir au moins un spécimen de béton romain minéralisé.

La sortie de Plombières par la vallée des Roches est tout à fait pittoresque : la route est entaillée dans un beau granit traversé, par endroit, d'innombrables vei- nules cristallines d’un beau violet qu’on peut prendre pour de l’améthyste et qui sont en réalité du spath fluor. À chaque pas la roche change de caractères et les ama- teurs de géologie remplissent rapidement leurs sacs de types aussi variés que remarquables,

Vers Ja Cascade de Faymont, on voit de puissantes masses de grès rouge imprégné de silice et rempli de cristaux de quartz, de barytine et de fer oligiste. Puis

mètres fournit à cet égard un fait des plus remarqua- bles très nettement exprimé par notre figure 2,

Cette montagne est formée de granit G couronné par un ensemble épais de couches à peu près horizontales V de grès rouge plus ou moins chargé de galets et passant ainsi au poudingue. Eh bien! tout à fait au sommet on trouve sur le grès, de gros quartiers de granit B consti- tuant de véritables blocs erratiques dont le transport, dans leur situation actuelle, ne paraît pas pouvoir s’ex- pliquer autrement que par la collaboration de l’action glaciaire.

Des surfaces de roches polies et cannelées par le pas- ‘sage de la glace peuvent être aussi mentionnées et nous en avons aperçu une dans cette merveilleuse vallée du Chajoux qui remonte de la Bresse vers le lac de Lispach et qui est barrée par un très grand nombre de moraines admirablement caractérisées.

À d'anciennes moraines aussi doivent être attribués le barrage et l’origine de nombreux lacs vosgiens comme le lac des Corbeaux des environs de la Bresse, si gran- diose d’effet malgré ses dimensions restreintes. Et les arguments de tous genres abondent par conséquent,

LE NATURALISTE

19

comme on voit, pour démontrer l’ancien séjour d’une bonne partie des Vosges, sous une calotte de ylace maintenant fondue, mais qui a persisté bien longtemps.

Si personne n'hésite quant à la légitimité de cette conclusion, il faut reconnaître qu’on n’est pas aussi fixé sur la cause des anciens glaciers et sur celle de leur disparition. Le phénomène se reproduisant dans une foule de localités et parfois avec des dimensions considé- rables comme aux États-Uuis d'Amérique, on a souvent voulu invoquer des raisons cosmiques, telles que le pas- sage, durant les temps quaternaires, d’un écran entre le soleil et la terre.

Sans nous arrêter ici à cette question qui ne saurait être convenablement traitée qu'avec beaucoup de détails, je dirai seulement qu'ayant eu à y toucher maintes fois durant notre excursion, j'ai, en divers fragments, exposé tout un ensemble de vues qui permettent, selen moi, de rendre compte de toutes les singularités apparentes de Pépoque quaternaire par l'application de la doctrine déjà si féconde des causes actuelles. Une quantité d’observa- tions précises montrent que toutes les traces glaciaires n’ont pas été produites simultanément, et d’un autre côté l’existence de certaines (le ces traces en des points la glace n’existe plus maintenant, tient simplement à ce que le glacier qui les a produites s’est déplacé peu à peu. Déjà j'ai eu bien souvent l’occasion de faire remarquer que la zone des roches moutonnées au-dessus de la glace, dans les glaciers des Alpes et d’ailleurs, correspond à des points la glace s’atteint plus justement parce que, grâce à son action érosive, elle a pénétré verticalement dans la masse rocheuse sous- jacente. Elle est vraiment com- parable à une scieentrantdans une pièce debois et qui bientôt se meut au-dessous de points qu’elle a sciés précé- demment mais qui ne datent pas d’un temps sa lame au- rait été plus lar- ge.

Cela posé el poussantles cho- ses à l’extrême, on peut se de- mander ce que, sous une latitu- de moyenne comme celle des Vosges, devien- dra, après un temps suffisant, un massif mon- tagneux pourvu de glacier. La figure 3 consti- tue comme un schema du phé- nomène dont il

Fc. 3.— Schema destiné à montrer com- ment par le fait seul de son activité un glacier substitue au bout d’un temps convenable le régime vosgien au rè- gime alpestre primitif. H,H,H;H, hau- teur de la montagne à divers mo- ments successifs. MMM; moraines édifiées successivement par les glaciers

s’agit, L’active dénudation réalisée n'étant en rien com- pensée par un apport de roche, le massif s’abaisse cons- tamment : à part des oscillations d'ordre purement mé- téorologique et quinetroublent pas la marche générale du phénomène, l’appareil condensateur dimimue d’éner- gicetles glaciers qu'il alimente diminuent de longueur. Progressivement la montagne en s’abaissant, sans cesse, n’atteint plus l'altitude nécessaire à la persistance de la neige et dès lors les glaces cessent, mais par transition insensible et seulement après que tout ce qui reste du massif a subi des frottements qui, si sa substance est favo- rable, le marquent du sceau des phénomènes glaciaires. Si un observateur survient alors il sera naturellement porté à conclure des traces glaciaires dans une région dépourvue de glaciers que les conditions météorologi- ques en changeant ont déterminé la disparition de ceux- ci. C’est tout au contraire ceux-ci qui en disparaissant, en conséquence même de la dénudation qu’ils ont pro- duite, ont modifié Le climat du pays.

Le lac de Lispach, que nous citions déjà tout à l'heure, se signale par les taurbes qui l’envahissent si active- ment qu'avant peu d'années toute la nappe liquide sera dissimulée par un revêtement végétal.

Pour l’apparence c’est une prairie, mais malheur à l’imprudent qui s’aventurerait sur ce gazon trompeur,; il disparaîtrait Sans retour dans un abîme de ténèbres.

De la Basse-de-la-Mine, la vue s'étend sur le lac de Retonnemer dominé par la Roche du Diable et les contre- forts du Hohneck. La route qui le borde suit aussi, d’un bout à l’autre, le lac de Longemer et aboutit à Gérard- mer, si apprécié maintenant des touristes, qu’y trouver place pour une nuit est un véritable problème.

L’excursion du Muséum dont nous ne pouvons donner ici qu'un sommaire très raccourci a trouvé son complé- ment dans l’ascensiou du Hohneck, d’où le regard em- brasse des pays si étendus et si variés, au premier rang desquels se signale une large surface de la région alsa- cienne provisoirement séparée, hélas! de la France.

Je ne terminerai pas cet article sans adresser mes sin- cères remerciements à plusieurs collaborateurs dévoués, grâce auxquels ce voyage a été tout particulièrement fruc- tueuxetintéressant. C’est d’abord M.Barthèlemy(de Nancy) dont les savantes Recherches archéologiques sur la Lorraine avant l'histoire (1) sont si hautement appréciées par tous les connaisseurs et qui a mis à notre service, avec une complaisance jamais lassée, sa profonde connaissance des gisements de roches et des localités fossilifères. M. Barthélemy avait poussé le dévouement jusqu’à par- courir d'avance tout l'itinéraire que nous devions suivre pour reconnaître l’état précis de chaque point, et grâce à lui nous avons pu marcher sans la moindre hésitation et profiter des excavations les plus récemment ouvertes. Qu'il me soit permis d'exprimer toute ma gratitude à ce charmant compagnon de route. 6

J'ai profité aussi de la bienveillance avec laquelle M. Wohlgeruth, de la Faculté des sciences de Nancy, nous a conduits sur des affleurements de ce terrain ooli- thique de Lorraine, dont l'étude lui a fourni les maté- riaux d’un travail maintenant classique. M. le Dr Four- nier, président du Club Alpin des Vosges, a bien voulu aussi, dans l’ascension du Hohneck, se prodiguer auprès de nous en renseignements de tous genres sur cette belle chaîne de montagnes qu'il connaît et qu'il aime

(4) 4 vol. in-80 avec 31 planches. 1889. J.-B. Baiïllière.

20 LE NATURALISTE

plus que personne. Enfin, comme les années précé- dentes, M. Henri Boursault a mis au service de la géolo- gie son véritable talent de photographe et a pris toute une série de vues qui s’ajouteront à la précieuse collec- tion qu’il a déjà réunie et dont deux spécimens sont placés sous les yeux des lecteurs en même temps que le présent article. STANISIAS MEUNIER,

SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE

COMMUNICATIONS CONTENUES DANS LE FASC. 1891.

M. Thouvenin signale la présence de laticifères dans une Olacacée, le Cardiopteris lobala. M. G. Rouy continue ses Annolalions aux Planlæ Europæ de M. Karl Richter. MM. Lombard-Dumas et B. Martin terminent la Florule des Causses de Blandas, Roques et Montdardier (Gard) et des pentes qui les relient aux vallées adjacentes de la Vis, de l'Arre el de l’Héraull. M. G. Gamus présente deux hybrides : Gym- nadenia souppensis G. Cam. et Orchis Chevallieriana G. Cam. qui proviennent du croisement d’espèces appartenant à des senres différents. Ces genres sont Gymnadenia et Orchis pour le premier hybride, Orchis et Platanthera pour le second. M. H. Hua, dans une note préliminaire sw un Cyclamen double, montre que dans l’exemplaire qu’il présente la duplicature est due à la formation de fleurs secondaires placées immédiatement sous les divisions de la: corolle qui forme la fleur principale. M. E. Jeanperl indique quelques localités nouvelles de mousses des envürons de Paris. Dans un travail sur la Shructure et affinités des Slachycarpus, genre nouveau de la famille des Conifères, M. Ph. Van Tieghem est conduit, en se basant sur les caractères anatomiques, à séparer des autres sections du genre Podocarpus la quatrième section Séachycarpus. Il attri- bue à cette section une valeur générique. Ce nouveau genre Stachycarpus comprendrait dès lors les Sé. andina, spicata, taxifolia et probablement aussi le Podocarpus ferruginea. Quant à ses affinités elles sont multiples, ct l’une des meilleures solu- tions consisterait à réunir les genres Araucaria, Dammara, Stachycarpus et Podocarpus en une tribu qui serait caractérisée par l’ovule unique renversé et prendrait place entre les Abié- tinées et les Taxinées. M. L. Mangin, dans une note swr la désarticulation des Conidies chez les Pér'onosporées, étudie les transformations chimiques de la membrane qui précèdent et déterminent la chute des Conidies chez certains Champignons. Pour reconnaitre la Callose, l’auteur emploie un mélange de bleu soluble dans l’eau et de brun acide ; il colore la cellulose en bleu par une solution concentrée d’acide phosphorique iodé. M. Ph. Van Tieghem, étudiant la Séruclure et les affinités des Cephalotaxus, arrive à cette conclusion que le genre Cepha- lolaxus doit être placé dans la tribu des Taxinées tout à côté du Ginkgo. M. A. Le Grand donne les Relevés numériques de quelques flores locales ou régionales de France, comprenant seulement les Phanérogames et les Cryptogames vasculaires.— Dans une étude sur l’évolution de l’appareil sécréteur des Pa- pilionacées, M. P. Vuillemin estime que les systèmes tanifères des plantes de cette famille offrent une stabilité d’autant plus grande qu'ils présentent avec les faisceaux des connexions plus étroites. En ce qui concerne les diverses glandes, il les ramène à trois types et fait dériver ceux-ci d’une souche organique commune. M. H. Léveillé, dans une Note sur lOEnotlhera te- traplera, pense que le changement de couleur que présente cette fleur est le résultat de la chaleur ct de la pression. M. G. Camus indique un caractère distinctif de l’Ophrys arachnili- formis emprunté au lobe médian. Il signale en outre la pré- sence de chatons mâles, de chatons femelles et de chatons à fleurs hermaphrodites sur un même pied de Salix undulata rencontré sur les bords de la Marne. Dans une Note sur trois plantes de la Sarthe, M. L. Legué estime 40 que le Pellaria alliacea L. doit être rayé de la liste des plantes françaises ; 20 que l’Hypericum linarifolium Vahl. est uni à l’H. humifu- sum L. par des formes intermédiaires et enfin que le Carex Davalliana Sm. existe et en assez grande abondance dans les prés marécageux de Thorée. M. Prillieux signale la présence dans le Seigle enivrant d'un Champignon pour lequel il établit en collaboration avec M. Delacroix un genre nouveau, le genre Endoconidium et qu’il appelle £. temulentum. Le seigle infesté

par ce Champignon provient des environs de Miallet (Dordo- gne). Plusieurs personnes qui avaient mangé du pain fait avec ce seigle ont été malades. Les animaux auxquels on donna de ce même pain devinrent mornes et engourdis. Les effets produits par ces grains ne ressemblent pas à ceux que cause l’Ergot, mais plutôt à ceux que produit l’Ivraie avec une action plus in- tense et plus rapide.

COMMUNICATIONS CONTENUES DANS JE rAsc. 1891.

M. Ch. Arnaud, dans une lettre à M. Malinvaud, signale la présence dans Lot-et-Garonne des deux variétés sublobatum Milde et crenatum Milde du Ceterach officinarum Wülld. Ces deux variétés sont pour lui deux formes de la même espèce produites par la fraicheur et l’ombre. Dans une note sur Montaigne botaniste, dates de quelques vieux herbiers; M. A. Chatin cite les herbiers les plus renommés. Le plus ancien que l’on connaisse est celui de Saïint-Hildegarde (1100 à 1179). M. Michel Gandoger donne une Note sur une Campanule voi- sine des C. hispanica Willk. el C.rotundifolia L. qu’il arécoltée au Freinet près du bourg d’Oisans. M. H. Leveillé, à propos des Palmiers à branches dans l’Inde dont il a déjà entretenu les lecteurs du Naturaliste, cite un certain nombre d'exemples nouveaux qui portent à 18 le nombre des Palmiers ramifiés que l’on a observés dans l'Inde. D’après cet auteur, lo production de ces branches serait due à un Coléoptère, qui est peut-être l'Orphnus bicolor? Pour cela, la partie centrale du Palmier ayant été mise à nu, ces Insectes (Vandous) creusent des trous dans cette région, et dès lors l'arbre perd sa direction première et prend autant de chemins que les forages des Coléoptères lui en ont tracé. M. A. Battandier présente des observations sur quelques Silene d'Algérie. M. J. Daveau présente aussi des observations sur quelques Carex du Portugal. Dans une note ayant pour titre : Variélé ef anomalie, M. D. Clos insiste sur les définitions de ces deux termes proposées par les auteurs et notamment par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, de Candolle et Moquin-Tandon. Il conclut en disant que les vrais anomalies étant des déviations du type spécifique ne devraient pas figu- rer dans les Flores au milieu des variélés qui en sont de sim- ples modifications. M. G. Foucaud donne une Note sur une espèce nouvelle du genre Muscari dans laquelle il décrit et figure une plante recueillie aux environs de la Réole (Gironde) et qu’il nomme M. Motelayi. M. L. Mangin termine sa com= munication sur la Désarticulation des Conidies chez les Péro- nosporées. Cette désarticulation se produit par un mécanisme uniforme. La cloison qui sépare les Conidies des basides ou des stérigmates est toujours formée à l’origine par de la callose pure. Cette callose subit ensuite des modifications chimiques et devient susceptible de se dissoudre dans l’eau. Il en résulte que l'apport d’une petite quantité d'eau détermine cette dissolution et provoque la mise en liberté des Conidies. M. H. Hua revenant swr un Cyclamen double dont il a déjà parlé présente l’analyse détaillée de ses fleurs.

G. CHAUVEAUD.

THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ

Le Naluraliste du 15 novembre dernier contient un article de M. F. Lahille qui, sous le titre séduisant de Théorie de l’héré- dité, vise une des plus hautes et des plus difliciles questions que présente la philosophie naturelle. Je ne reprocherai point à cette courte note de ne pas tenir tout ce que promet son titre; il faudrait, sans doute, plus de place pour résoudre une question si ardue, ct je crois bien que la tentative de l’auteur est en avance de quelques siècles sur la possibilité de la science. Nous sommes encore bien loin, à ce qu’il me semble, d’avoir déterminé les lois de l’hérédité, de savoir au juste quels caractères de chacun des parents seront transmis à leurs descendants immédiats, quels caractères, au contraire, dispa- raîtront chez ces descendants. Nous sommes, par exemple, toujours à mon humble connaissance, fort peu capables de dire à l’avance si, parmi les petits chiens d’une même portée, ily en aura un ou plusieurs dont la robe différera plus ou moins de celle du père ou de la mère. Les différences que l’on constate ainsi entre frères conçus au même instant et déve- loppés dans le même utérus ne laissent pas que d’être difliciles à ramener à leur cause prochaine. En sorte que j'éprouve quelque hésitation à attacher une bien grande importance à la théorie qui prétend me donner le pourquoi des choses avant

LE NATURALISTE 21

que les lois qui formuileraient le comment de ces mêmes choses soient connues et fixées avec précision.

C’est, en effet, le caractère essentiel de la science moderne fondée sur la méthode expérimentale que de s’attacher à pré- ciser les faits avant de disserter sur leurs causes. Képler pré- cède Newton; le descripteur ouvre la voice au théoricien dans toutes les branches de notre science positive, et quiconque veut s’écarter de cette marche obligatoire n’est plus ni biolo- giste ni physicien, et doit offrir le fruit de ses méditations au métaphysicien, non au naturaliste.

Aussi n’ai-je pas la prétention de discuter ayec M. Lahille de la théorie même de l'hérédité. Je conviendrai plutôt qu’il m’a été difficile de suivre sa pensée jusqu’au bout de son exposé, ayant, dès les premières lignes de son article, rencontré une difficulté que je n’ai pu surmonter.

M. Lahille admet, comme chose démontrée, la vie des mi- néraux, et il attache à cette idée une importance assez capitale pour conclure que l’hérédité, chez les animaux et les végétaux, ne pourra être comprise et expliquée que par l’étude de l’héré- dité chez les minéraux. C’est cette affirmation d’une biologie minérale qui m’a troublé et géné dans le reste de ma lecture, c’est elle par conséquent que je voudrais examiner d’un peu près.

Je crois remplir les conditions requises par M. Lahille pour étudier la question, me sentant absolument dégagé de toute idée dogmatique et ayant, comme il le demande, porté mes études sur les sciences physiques, avant d’aborder celles des animaux et des plantes.

Reste, il est vrai, une troisième condition : être exempt de routine, libre de préjugés ; condition que personne n'a le droit de s'attribuer à soi-même, par cette raison que chacun est persuadé qu’il la remplit. Ce sera donc au lecteur de juger si les arguments que je propose sont valables et suffisants, ou s'ils ne constituent que de vaines formules apprises par cœur et traditionnellement répétées.

Je tiens en effet que, dans la mesure de nos connaissances actuelles, nous distinguons deux groupes d’êtres irréductibles Vun à l’autre ; les uns méritant le nom d’êtres vivants, à l’exclusion absolue des autres que l’on nomme les corps bruts ; et j'entends par êtres vivants ceux qui se nourrissent ct se rc- produisent, double propriété dont je nie l’existence chez les corps bruts.

Par nutrition, j'entends un échange continu de matières entre l’être vivant et le milieu qui l’entoure. C’est la continuité de cet échange qui est le caractère essentiel et fondamental de la vie, en sorte que, si l’échange vient à être intsrrompu pen- dant un certain laps de temps, la vie de l'individu, qui a subi cette interruption, se trouve complètement et à jamais abolie. J’insiste sur ce caractère de continuité parce qu’il me parait le seul qui soit propre à établir pratiquement la distinetion entre les êtres vivants et les corps bruts. Faute de lui avoir accordé l’attention qu’il mérite, on a pu tomber dans la con- fusion que je cherche à combattre, et assimiler à la nutrition vitale certains phénomènes d’accroissement régulier et métho- dique des cristaux, phénomènes que je tiens, pour moi, tout à fait étrangers à la vraie nutrition. Je sais, comme tout le monde, qu’un cristal d’alun, placé dans une solution saturée du même sel, grossit en conservant sa forme, et j’admets trés bien que, par une métaphore toute naturelle, on dise que ce cristal se nourrit aux dépens de la solution qui l’entoure, mais ce n’est qu'une image, ct l’expression n'a pas de valeur scientifique. En effet, ce nourrissage du cristal est quelque chose d’absolument accidentel, et n’est en rien nécessaire à Vexistence du cristal une fois formé qui peut, pendant, des années, des siècles si l’on veut, demeurer hors du contact de leau mère, sans que ses propriétés soient nullement altérées, et qui, notamment, reste indéfiniment capable de reprendre son grossissement quand on le remettra: au sein d’une nou- elle dissolution d'alun. Qui donc imaginerait de faire une expérience semblable avec un être vivant? Qui doncignore que la suspension complète de la nutrition est mortelle ? Mortelle non pas seulement pour l’animal en pleine activité, la plante en pleine croissance, mais même pour ces germes, œufs ou graines, qui, en apparence, ne recoivent rien du milieu, et ne lui cèdent rien. La question est aujourd’hui définitivement tranchée, et les expériences de MM. Van Ticghem et Bon- mer, entre autres, ont montré que les graines, comme les bourgeons hivernants, ont besoin d'oxygène, ct exhalent de l'acide carbonique, sous l'apparence du repos le plus complet; que ces organes, privés d'un milieu respirable, s’asphyxient comme tous les êtres vivants, devenant alors incapables de

reprendre leur développement suspendu; qu’en un mot, la prétendue vie latente n’est qu’une vie ralentie, toujours sus- ceptible d’être manifestée par une observation suffisamment précise.

Je crois donc que les faits, non les traditions recues ou le consentement universel, établissent, au point de vue de la nutrition, une barrière infranchissable entre le monde des vivants et celui des corps privés de vie.

Voyons s1 le critérium de la reproduction est aussi sûr; nous examinerons ensuite s’il y a accord ou divergence entre ces

: deux caractères. Par reproduction on, entend que la produc-

tion d’un être vivant reconnaît pour origine un germe issu d’êtres vivants préexistants, et que le descendant suit une marche de développement semblable à celle qu'ont suivie ses ascendants. IL y a donc deux conditions pour qu’on puisse dire que la reproduction existe : origine vitale du germe d'une part, répétition du développement de l’autre. Si l’une ou l’autre de ces productions vient à manquer, le mode de pro- duction ne saurait être appelé une reproduction véritable. En ce qui concerne les êtres vivants, la nécessité des germes préexistants, longtemps douteuse pour la majorité des natu- ralistes, a été établie, comme chacun sait, par les travaux suc- cessifs de F. Redi, Spallanzani, travaux que couronnèérent, de notre temps, les magnifiques expériences de Pasteur. Cette nécessité s’entend de l’état actuel de la nature, de ce qui est abordable à notre expérience; elle n’a rien à voir avec l’ori- gine de la vie dans l’univers, ni même avec son apparition sur notre planète, problèmes inabordables à la méthode expéri- mentale, questions insolubles pour le naturaliste, et qu’il aban- donne entiérement aux controverses des métaphysiciens. Sous le bénéfice de cette limitation, qui n’est autre que celle de la science positive, la génération spontanée des êtres vivants peut être niée sans crainte et sans exception.

L'étude du développement chez les êtres vivants est devenue, depuis un siècle environ, l’une des principales préoccupations des naturalistes ct, de tous les champs leur activité s’exerce, celui les belles découvertes ont peut-être été le plus nom- breuses. Les notions modernes, ainsi ajoutées aux observa- tions les plus anciennes, n’ont d’ailleurs fait que confirmer, en l’étendant, la loi rappelée plus haut, que si grande que puisse être la différence entre l’animal ou la plante adultes et le jaune qui sort de l’œuf, ce dernier individu répète, dans son évolution, les stades qu’a parcourus son ascendant, et retrouve enfin la forme que celui-ci présentait au moment il s’est reproduit. La reproduction vitale est donc chose très com- plexe ; bien loin de se réduire à la formation d'un germe, elle comprend toute une série d’états successifs, de formes diverses, mais invariablement enchaïînées l’une à l’autre, dont le germe porte en puissance la détermination complète, et qui pour- ront être arrêtés dans leur développement normal, mais qui jamais ne seront intervertis ni déviés.

Qu'allons-nous retrouver de cela dans la prétendue repro- duction minérale ? Il faut d’abord bien distinguer deux choses: la production de la molécule chimique et l’origine de la con- figuration cristalline du corps à l’état solide. La naissance chimique n’a évidemment rien de commun avec la reproduc- tion organique. La molécule de protoxyde d'hydrogène qui prend naissance par l'explosion d’une certaine quantité de gaz ionnant, pas plus que celle d'acide sulfureux qui se produit dans la combustion du soufre, n’ont avec leurs antécédents les rapports de similitude qui lient, en biologie, le descendant à ses parents, C’est donc seulement de l'individu cristallin qu’il peut être question, quand on nous parle de reproduction mi- nérale, et, en fait, on ne cite guêre, à l'appui de la thèse, qu’un seul ordre de faits, ceux qui se rapportent à la brusque cristal- lisation des liquides en suspension et des sels en solution sur- saturée, mis en contact avec un cristal préformé de même nature. On oublie, dans cette assimilation, que le fait allégué est exceptionnel et que, dans la grande majorité des cas, rien ne décèle, à l’origine d’une cristallisation, la présence d’un cristal préformé jouant le rôle de germe. Voici un ballon, sortant de la verrerie, l’on fait arriver des vapeurs d’iode; si le ballon est convenablement refroidi, les cristaux d’iode couvriront sa paroi sans qu’il soit le moins du monde vrai- semblable qu’un cristal-germe ait intervenir. Il serait déri- soire de chercher d’autres exemples, puisqu'il est évident que, dans la règle, les cristallisations, soit après la fusion, soit après la dissolution, se font en l’absence de tout cristal-germe, ct nous pouvons déjà conclure que la formation des cristaux est habituellement spontanée, tandis que nous avons vu que la formation des organismes ne l’est jamais. L’opposition est

[Ro] 19

nette et tranchée, cela suffirait à faire refuser à la production des cristaux le nom de reproduction.

Mais je dis plus. Dans les cas même c’est un cristal qui détermine la formation d’autres cristaux, y a-t-il vraiment res- semblance entre le procédé minéral et le procédé organique? M. Lahille n’'ignore pas, sans doute, que la cristallisation d’une solution sursaturée peut être déterminée non seulement par un cristal de la substance dissoute, mais encore par tout cristal isomorphe avec cette substance. De telle sorte, par exemple, qu'une solution saturée de sulfate de nickel pourra être amenée à cristalliser par le contact de sulfate de fer d’un cristal. Le produit n’est plus ici de même espèce que le géné- rateur ; tant qu’on n’aura pas vu d’un œuf de poule naître un canard ou une perdrix, il faudra renoncer à assimiler des faits radicalement dissemblables. Est-il nécessaire d’insister sur une autre différence? La formation d’un cristal est un acte unique, pour ainsi dire instantané, auquel le mot de développement ne peut en aucune facon s’expliquer. Si ce cristal, en effet, peut s’accroître, il peut aussi ne pas s’accroitre; la croissance n’est pas nécessaire à son existence, comme elle l’est à celle de l'embryon qui, fatalement, grandit ou meurt, mais ne saurait rester stationnaire. Si le cristal grandit, il peut rester sem- blable à lui-même ou se déformer; cela dépendra des circons- tances extérieures de sa croissance. Il n’y a pas de règle établie à l’avance qui lui impose une série déterminée de trans- formations, comme nous avons vu que cela existe pour les êtres vivants. Il faut que la chenille devienne chrysalide, puis pa- pillon, ou qu’elle meure; jamais on n’a vu, et personne ne craint d'ajouter : jamais on ne verra une chenille parvenue à l’âge de la nymphose continuer à vivre sans se transformer. Cette loi de développement interne, qui force l’être vivant à marcher sans cesse si le milieu est favorable, ou à périr s’il ne peut réaliser ses métamorphoses, n’a aucun paralléle chez les corps bruts. Je disais plus haut que cette loi fait partie inté- grante de l’idée de reproduction, je puis donc conclure que les minéraux ne se reproduisent pas plus qu’ils ne se nourrissent.

La notion de la vie comprend donc l’union de ces deux caractères irréductibles : nutrition et reproduction, et il est légitime de représenter par un mot unique cette combinaison de deux caractères logiquement étrangers l’un à l’autre, si

LE NATURALISTE

l'expérience nous montre qu’ils sont constamment liés. Or, c’est bien ce que l’observation établit, en ce sens, tout au moins, qu'aucun être capable de reproduction n’est soustrait à la nécessité de se nourrir. La proposition réciproque, il est vrai, n’est pas exacte, et beaucoup d'êtres se nourrissent qui ne se reproduisent pas, quelques-uns même ne peuvent pas se reproduire. Mais ces exceptions nous apparaissent comme des individualités incomplètes, et n’entrent pas dans les cadres des espèces vivantes. De celles-ci, il est donc permis de définir la nature par la double condition posée plus haut.

Au surplus, M. Lahille, en empruntant à M. Thoulet ce paradoxe de la vie des minéraux, n’a-t-il peut-être pas fait suffisamment attention à une circonstance remarquable. Voilà déjà sept ans que le savant professeur de Nancy a lancé son idée dans la littérature scientifique. Lui-même disait : « Je viens de prononcer une parole grave, en parlant de la vie des minéraux, » et la suite de son discours semblait indiquer que cette parole grave apparaissait à son auteur comme exigeant des développements, des explications, en un mot une justi- fication. Cependant, depuis, M. Thoulet n’a rien écrit pour préciser sa pensée; d’autres travaux sont venus, je le sais, l'en distraire. Mais, enfin, il n’est pas défendu de constater que cette parole grave a toutes les allures d’un entraînement d'improvisation et que, jusqu’à nouvel ordre, il est permis de n’en pas tenir grand compte.

C’est du moins le parti que prendront ceux qui pensent que la science a plus à gagner à l’analyse précise et serrée des faits, qu'aux synthèses hardies, mais vagues, d'idées médio- crement müries. M. Lahille ne paraît pas être de cette école. Tandis que les Sachs, les Van Tieghem, etc.……, s'appliquent à préciser les différences morphologiques et phy- siologiques, qui séparent la multiplication végétative de la re- production proprement dite, lui se complaît à ne voir, dans

tout cela, que les différentes étapes d'un même processus. Je.

n'ai donc pas la prétention de le ramener à ma manière de voir, et je devrai me déclarer satisfait si ma contradiction a pour résultat, comme cela arrive souvent, de l’engager à chercher, pour soutenir sa thèse, des raisons plus solides que celles qu’il a développées jusqu'ici.

G. L. M.

LES JUMEAUX

Nous don- nons ci-con- tre, d’après le Scientific

american, les figures

du cas, peut-être le plus remar- quable, de monstres

humains qui sont ar- rivés à l’étal

presque a- dulte, Ils sont con- nus, dit no- tre confrè- re améri- cain, sous le nom des frères Gio- vanni et

Giacomo Tocci ; ils

naquirent le # juillet

ii) 11) |

TOCCI

1875, leur mère ayant dix-neuf en- fants, à Lo- cana, Italie; la même mère à eu neuf en- fants tous forts et sains, Ces jumeaux sont réunis à partir de la sixième côteetn’ont qu’une pai- re de jam- bes et un abdomen ; les colon-

LS sai

nes verté-

brales sont

distinctes, jusqu’à la région lom- baire ; ils sont unis

Kwgerur.

ZLTETR

ai LÉ, 7 En 7 PT L DT TA A "a 4h :

LE NATURALISTE 23

suivant un angle de 130 degrés et le sacrum semble être unique. Ils ont deux estomacs, deux cœurs et deux pai- res de poumons; leurs systèmes artériel et respiratoire sont tout à fait distincts; les battements du cœur et la respiration diffèrent souvent chez les deux individus. A l’âge de trente jours, ils pesaient huit livres et dans les trente et un qui suivirent, ils gagnèrent près de trois livres, ce fut à cette période de leur vie qu’ils furent soumis pour la première fois à une étude scienti- fique. Leur vies sont distinctes, mais ils ont des régions commune sensibilité et d’autres de sensations indivi- duelles; souvent l’un dort, pendant que l’autre est éveillé. Il n’y a aussi aucune relation dans leur appé- tit, l’un peut avoir faim sans l’autre, même pendant le sommeil de l’autre. _ A leur aspect il n’y a rien de repoussant ; ils ont des figures intelligentes et éveillées, ils ont mème quelque instruction. Ils peuvent se tenir debout, mais n’ont pas encore pu réussir à marcher. Chez eux ils passent une grande partie de leur temps sur le parquet se roulant et se culbutant, ce qui leur donne ainsi un peu d’exercice ; ils peuvent s’habiller et se déshabiller tout seuls. Celui qui est à gauche du dessin est Giovanni, il boit de la bière en quantité considérable, l’autre Giacomo n’aime pas la bière, il préfère des eaux minérales; Giovanni aime beaucoup dessiner et le fait avec quelque goût; quelquefois son frère, qui est plus bavard et remuant, jette en bas le cahier que l’autre tient sur le genoux, tout cela en bonne part, car ils s’entendent très bien et ne semblent pas se rendre compte de leur pénible con- “dition. Ils sont aussi séparés quant aux maladies; tout récemment l’un avait eu un refroidissement, pendant que l’autre souffrait d’une attaque bilieuse.

Les frères siamois Eng et Chang qui, âgés de soixante ans, moururent à quelques heures de distance, furent très célèbres, ils étaient, beaucoup moins unis que

. nos jumeaux ; un ligament épais réunissait les extrémités inférieures de leurs poitrines. Avant les frères siamois il y à eu les sœurs hongroises Helena et Judith (4701-1723) qui étaient très remarquables, réunies par le sacrum.

Les deux négresses Millie-Christine, improprement sur- nommées « le Rossignol à deux têtes », furent aussi inté- ressantes et célèbres, elles étaient également réunies par le bas rein, y compris le sacrum et probablement les basses régions lombaires, possédaient quatre jambes et

elles n'étaient pas plus gênées que les Siamois. Elles chantaient et valsaient à ravir, sans aucun doute leurs intestins étaient unis ; quant à leurs jambes, elles pos- sédaient un système nerveux sensitif commun, toutes deux ressentant un attouchement, mais les nerfs moteurs étaient si distincts, quel’une ne pouvait remuerlesjambes de l’autre. Elles naquirent vers 1851.

LE PAPILIO MACHAON, Linné

et ses différentes variétés (Suite)

Papilio Machaon Linné Aberratio Sphyrus Hubner.

La seconde variété européenne de Machaon est plus particu- lièrement propre aux régions chaudes qui bordent le littoral de la Méditerranée. En Sicile, en Grèce, en Italie et même sur quelques points du Midi de la France on rencontre une forme aberrante de notre Papilio dont les dessins noirs offrent plus

d'extension que ceux du type ordinaire, et cela au détriment des parties jaunes qui se trouvent réduites d'autant. Le dève- loppement dont il s’agit atteint principalement les bandes anté- marginales qui coupent les quatre aïles, ainsi que l'entourage noir des nervures des ailes antérieures. D’un autre côté, les taches bleues internervurales sont beaucoup plus larges que celles du Machaon typique, et leur teinte offre aussi un plus vif éclat. Cette variété, qui a été désignée par Hubner sous le nom de Sphyrus, fréquente, ainsi que nous venons de dire, tout le midi de l’Europe; elle n’y remplace pas la forme normale, ainsi que le ferait une variété géographique proprement dite; elle vole, au contraire, concurremment avec elle. et se montre relativement rare partout. Cette circonstance établit clairement que la présence de Sphyrus en Europe est purement acciden- telle; qu’elle constitue un cas purement fortuit qui reconnait pour cause des influences particulières difficiles à définir, telles que peut être la température exceptionnellement élevée de cer- taines stations dans lesquelles les chenilles se sont dévelop- pées. En franchissant la Méditerranée, on retrouve Sphyrus sur toute la côte septentrionale de l’Afrique, en Algérie, dans le Maroc et probablement en Tunisie. Dans ce nouveau milieu notre variété revêt un aspect un peu différent de celui des exemplaires européens. La forme algérienne, très remarquable sur tout le Littoral et dans les régions moyennes du Tell, est en général de grande taille. Les taches bleues qui précédent la marge des ailes postérieures sont tellement élargies, qu’elles couvrent presque totalement la bande marginale sur laquelle elles reposent. Les deux premières macules jaunes qui pré- cèdent le bord externe de ces mêmes aïles, vers la côte, sont lavées d’orangé rougeûtre tant en dessus qu'en dessous; l’ocelle anale est circonscrite dans sa partie supérieure par un arc bleu très épais, et dans sa partie inférieure par une ligne noire circu- laire et bien marquée. Enfin, le lavis basilaire noirâtre est plus développé ; il empiète sur la cellule discoïdale et s’étend ensuite sur une partie du bord antérieur. Nous pensons, d’après l’expé- rience que nous avons acquise, que cette forme si accentuée et si remarquable de Sphyrus remplace totalement dans le nord de VAfrique le vrai Machaon qui ne paraît pas y exister. Tous les exemplaires algériens de cette espèce que nous avons pu nous procurer sont, en effet, identiques à la race que nous venons de caractériser. Les uns sont originaires de Nemours, sur les fron- tières de Sidi-bel-Abbés et de Tlemcen ils ont été capturés. au printemps, c’est-à-dire dans le courant de la première géné- ration; et aucun de ces papillons ne dévie vers le Machaon typique. Cependant, sur les hauts plateaux algériens qui confi- nent le Sahara, le Sphyrus éprouve une modification particulière qui ne paraît pas affecter les exemplaires qui volent de bonne heure dans les régions du littoral. Nous possédons un spéci- men qui à été récolté en août dans les environs de Sebdou lequel, bien que semblable à ceux qu’on rencontre en avril et en mai non loin des bords de la mer par l’empleur des dessins noirs et des taches bleues offre cependant cette particularité curieuse, que l’abdomen est dégarni de sa pilosité normale, et que la bande noire médiane qui en couvre si largement le dessus chez toutes les variétés connues de Machaon, est au contraire très réduite. On observe, en outre, que le bord abdo- minal des ailes postérieures de cet intéressant exemplaire n’est pas couvert par le lavis foncé de la base qui s’arrète exactement au rameau principal de la nervure médiane, laissant ainsi à tout ce bord sa couleur jaune pur. Ce dernier caractère se retrouve aussi reproduit en partie chez les Machaon qui habitent les régions chaudes de la Syrie, lesquels cependant, à cause de la réduction de leurs parties noires, du peu d’ampleur de leurs taches bleues et du développement tout à fait normal de la bande abdominale, ne sauraient être confondus avec la race spéciale du Sphyrus algérien que nous mentionnons ici.

Un peut assez naturellement conclure de ce qui précède que la variété qui nous occupe, n’habite l'Europe proprement dite que d’une manière accidentelle; qu’elle y est d'autant plus fréquente qu’on se rapproche davantage du Midi; que sur la côte septentrionale de l'Afrique elle est devenue fixe et normale au point d’exclure la présence du type ordinaire; enfin qu’elle y subit une modification particulière (l’ablation partielle de la pilosité et l’oblitération de la bande noire abdominale) très analogue à celle que nous avons signalée autrefois chez la variété Lotteri du Feisthameli algérien, et qui est due à l'influence de la seconde génération.

Ajoutons encore, pour achever d’exposer tout ce que nous savons sur le compte de la présente variété, que sa chenille offre, de son côté, des différences notables avec celle du Ma- chaon typique, au moins sur le continent algérien cette

24 LE NATURALISTE

variété parait étre devenue fixe et exclusive. Nous avons obtenu, effectivement, il y a quelques années, des environs de Sebdou, une larve de Sphyrus qui s’écarte de sa congénère normale par sa robe d'un jaune verdâtre sur laquelle les bandes transver- sales noires n'apparaissent plus qu'à l’état rudimentaire. Les incisions, ainsi que les côtés, sont marquées d'un grand nombre de petites taches et de stries fines, dont l’ensemble constitue des séries longitudinales, analogues à celles qui caractérisent la larve du Papilio Hospiton. Cette chenille est à peu près exacte- ment semblable à celle que M. Charles Oberthur a figurée dans la 12° livraison de ses Etudes d’Entomologie (pl. V, fig, 19), sous le nom de variété (larva) Hospitonides, et qui avait été récoltée par M. Bleuse aux environs de Biskra. L’une et l’autre rappellent assez bien le faciès de l’état larvaire du Hospiton européen, à cause de la direction longitudinale de la forme vermiculée des dessus dorsaux; bien que la chenille de l’espèce corse soit beaucoup plus obscure, en général, que celle du Sphyrus d'Algérie. Nous sommes tout disposé à penser que ces caractères si tranchés offrent de la fixité, c’est-à-dire qu’ils s’observent indistinctement chez toutes les larves de la variété algérienne ; mais le peu de renseignements que nous avons pu réunir sur ce point, ne nous permet pas cependant de donner à cette opinion une entière certitude. L. AusrANT. suivre).

La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la Flore de France

TAMARICINÉES

Tamarix gallica. L. Midi. Par toute l’Inde du nord-ouest de l'Himalaya à Ceylan, près des rivières et du bord de la mer. Madras.

Distribution : Littoral occidental et méridional de l’Europe, Afrique, Maroc. Septentrionale et tropicale sud de l’Asie.

Var. Indica commune.

Var. Pallasii. Thibet occidental 2.400 à 3.600 mètres.

Myricaria germanica Desv. Bords des eaux. Est. Midi. Région tempérée et alpine de l'Himalaya, du Sikkim au Cumaon 3.000 à 4.200 mètres.

Distribution : Europe occidentale.

ELATINÉES

Elaline.— Nilghiris. Ouest de la Péninsule.

HYPÉRICINÉES

Hypericum perforatum L. (Paris). Haies, près. Himalaya tempéré et occidental de Cumaou, 1.800 à 2.700 mètres, au Cachemir 900 à 2100 mètres.

Distribution : Europe, nord de l'Afrique, nord-ouest de l'Asie,

Var. débile.

Hypericum humifusum L. (Paris). Sables, Nilghiris.

Distribution : Europe, îles de l'Atlantique, sud de l’Afrique.

MALVACÉES

Allhæa officinalis I. (Paris). Midi, Ouest, Marais, Cache- mir.

Distribution : A l’ouest jusqu’en Angleterre.

Var, taurinensis. D. C.

Lavalera. Une seule espèce. Cachemir.

Malva sylvestris L. (Paris). Haies, chemins. Himalaya tem- péré occidental du Cumaon, 800 mètres au Cachemir et au Pan- jab.

Distribution : Europe, nord de l’Afrique, Sibérie, Tripoli, Maroc.

Var. mauritiana. D. C.

Var. eriocarpa. Bois.

Malva rotundifolia L. (Paris). Bords des chemins. Pro- vinces du Nord-Ouest, Cumaon et Sindh.

Distribution : Europe, ouest de l'Asie.

Var, borealis Wall.

Var. reticulata W.

Malva parviflora L. Midi, nord-ouest de l'Himalaya, 300 à 600 mètres, haut Bengale, Sindh, Panjab.

Distribution : Europe, Levant, Arabie, Nubie, Tripoli. Sida, parties chaudes de l’Inde : 10 espèces.

Abutilon Avicennæ Gaertn. Sida abutilon. Li. Midi, Marais, nord-ouest de l’Inde, Sindh, Cachemir et Bengale,

Distribution : nord de l’Asie, à l’ouest jusque dans le sud de l’Europe, nord de l'Amérique. Hibiseus Trionum L. Cultivé. Himalaya occidental, Cache- mir, Simla, Bengale, Coucan, Sindh. Distribution : Sud de l'Europe, parties les plus chaudes de l’ancien continent. Hibiscus syriacus L Naturalisé aux environs de Nice, Cultivé dans l’Inde et la Chine. TIBIACÉES 13 genres répandus dans l'Inde. LINÉES Linum perenne L. Midi, clt. 4900 mètres. Distribution : A l’ouest jusqu'aux Canaries. Var. stocksianum Boïiss. Linum surictum L. Midi, Corse, montagnes du Panjab, s’é- tend jusqu’à Peshawer, Thibet occidental 3.000 mètres. Distribution : nord de l'Afrique, Italie, Judée, Maroc.

Thibet occidental 2700 à

Tripoli,

GÉRANIACÉES

Geranium pratense L. Prés, bois. Himalaya occidental et tempéré. Cachemir, Kulhara dans le Gharwal 3100 mètres, Thi- bet occidental.

Distribution : nord de l'Asie, Europe.

. Geraniwm aconitifolium L'Herith. Alpes, Thibet occiden- tal, Alpes de la Suisse et du Nord de lItalie.

Geranium palustre L. Prairies humides, Cachemir, Cu- maon à Mana 2.100 à 3.300 mètres.

Distribution : Sibérie, Caucase, milieu et nord de l’Europe.

Geranium pusillum L. (Paris). Lieux incultes. Himalaya occidental tempéré, Cachemir, Kishtwar 2.400 mètres.

Distribution : Syrie et Europe, Judée.

Geranium rotundifolium L. (Paris). Coteaux arides. Pes- hawer dans le Panjab. Himalaya occidental tempéré. 1800 à 2700 mètres. Cachemir et Gharwal.

Distribution : Sibérie, Europe, nord de l'Afrique, Tripoli.

Geranium molle L. (Paris). Prairies et bords des chemins. Forte odeur de musc. Himalaya occidental tempéré, Kishtwar, 1.800 à 2.700 mètres, Cumaon, 400 mètres.

Distribution : Europe, nord de l'Afrique, Tripoli, Maroc.

Geranium robertianum L. (Paris). Vieux murs, haies. Corse. Himalaya occidental tempéré, 1800 à 2400 mètres, Cache- mir Gharwal.

Distribution : Sibérie, Asie Mineure. Caucase, Europe.

Geranium lucidun L. (Paris). Lieux pierreux et couverts: Corse, Himalaya occidental tempéré de Kishtwar au Cumaon, 1800 à 2700 mètres.

Distribution : Sibérie, Syrie, Caucase. Europe, nord de l'A- frique.

Erodium cicutarium l'her. (Paris). Terrains imcultes, bords des chemins. Inde occidentale du Sindh et du Panjab à Simla; jusqu’à 2400 mètres dans le petit Thibet près d'Iskardo.

Distribution : Algérie, Europe, nord de l’Asie tempérée.

Eroninm ciconium Willd. Midi. Lieux secs. Panjab près de Kohat dans le Salt Range.

Distribution : Syrie, Caucase, sud de l’Europe, Maroc.

Erodium Malacoides Willd. Midi, Corse. Terrains arides. Panjab, vallée de l’Indus à Atiok, Peshawer et Hazara.

Distribution : Sud de l'Europe, nord de l'Afrique, Maroc.

Hecror LÉVEILLÉ.

L'HYPEROODON

Le 28 août dernier, vers 5 heures du matin, des ou- vriers du fort de la Hougue, à Saint-Vaast, epercurent en quittant le chantier un monstre marin qui s'agitait désespérément au milieu des eaux dans l’anse de Mor- salines. En ce coin isolé de la baie de Saint-Vaast, la mer est très peu profonde; elle se retire fort loin au flot descendant, laissant à découvert un fond plus ou moins vaseux sur lequel s'élèvent, comme des enclos égarés loin des terres, les barrières en bois et les murs des parcs à huîtres de Ja Balise, L'animal avançait avec peine et,

ART OL | B PE PTE BATErr

LE NATURALISTE 25

s’égarait de plus en plus; il dépassa bientôt les parcs du bord, dont il brisa les barrières, puis atteignit le fond et s’envasa vers la Pointe du Cro, presqu'île étroite et à peine émergée, qui pénètre dans l’intérieur de l’anse. C’est que les ouvriers purent l’atteindre, non sans danger et sans s’avancer assez loin dans la mer; ils lui donnèrent des coups de couteau, passèrent un har- pon dans l’évent et, pour le soustraire à la mer descen- dante, le fixèrent au rivage par un càäble. Malgré ses blessures, le monstre s’agitait encore; quand il fut à peu près à sec, il trouva encore assez de force pour creuser, d’un coup de queue, un énorme trou dans les terrains mous de la plage, puis il fut saisi des dernières

des marbrures blanches qui se prolongeaient en arrière et atteignaient la naissance de la queue. La nageoire caudale, la nageoire dorsale et les deux nageoires pecto- rales (ailerons) présentaient la teinte générale du corps, mais la bosse frontale, située à la base du bec, était un peu plus claire.

L’anse de Morsalines , dans la baie de Saint-Vaast, est vraisemblablement un lieu propre à l’échouement des grands animaux aquatiques ; par sa forme en demi-lune, sa pente douce et ses eaux peu profondes, c’est une es- pèce de nasse naturelle dans laquelle, surtout par les mauvais temps, doivent presque forcément rester les animaux nageurs de grande taille qui s’y engagent. Il y

L’Hyperoodon échoué à Saint-Vaast le 28 août dernier.

COMvulsions et périt vers sept heures. Dans l’après-midi, au laboratoire maritime de l'ile de Tatihou, je fus pré- venu de l’échouement par les soins du directeur, M. le professeur Perrier, et le lendemain. grâce à l'extrême obligeance de M. Dubois, commissaire de marine à Saint-Vaast, je pouvais commencer l'étude anatomique de l’animal (1).

C'était un cétacé femelle, l’Hyperoodon rostratus ainsi nommé par Lillejeborg à cause du mufle allongé, en forme de bec, qui termine en avant la tête comme dans le Dauphin. Il mesurait 7.20 de longueur, 1,55 de hauteur vers le milieu du corps et 1".10 de largeur ; la nageoire caudale n’avait pas moins de 2 mètres de lar- geur. La couleur générale des téguments était d'un gris noirâtre, mais on observait sur le ventreet sur les flancs AG nr de Joie cu up

() M. Millerand, entrepreneur des travaux du fort de la Hougue, avait mis gracieusement à ma disposition le matériel dont il dispose; je fus vaillamment secondé par tous les étu- diants du laboratoire, MM. Coupin, Molliard, Martin, Bordage et Leroy, ainsi que parle sous-directeur, M. Malard. M. Leroy,

notamment, s'est mis à ma disposition pendant la durée tout entière de la dissection.

a cinq ans, vers la même époque, deux autres Hyperoo- dons femelles vinrent y échouer, presque au même point, mais un peu plus près du fort de la Hougue ; ils furent étudiés par M. le D' Henri Gervais, aide-natura- liste au Muséum.

Le lendemain du jour se produisit l’échouement de la pointe du Cro, trois Hyperoodons femelles étaient capturées à l’autre extrémité du département la Manche, à la pointe de la Hague, près du petit port de Goury.

« Ce jour-là, dans la matinée, dit M. le commandant H. Jouan (1), on les avait aperçus, engagés entre les gros rochers balisés qui forment l’entrée du port de Goury; des embarcations avaient réussi à leur barrer le chemin vers la pleine mer, et à les approcher d’assez près pour que ceux qui les montaient leur jetassent des nœuds coulants autour du corps de manière à pouvoir les re- morquer dans le port, en même temps qu'ils les frap-

(1) Henri Jouan. Les Hyperoodons de Goury. Mémoires de la Société nationale des Sciences naturelles el mathéma- tiques de Cherbourg, t. XXVII, 1891, p. 281.

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paient à coups redoublés avec les avirons, les gaffes et tous les instruments contondants et tranchants qu'ils avaient sous la main. Tout cela, bien entendu, ne s’ac- complit pas sans de grandes difficultés et sans danger pour les chasseurs ; un coup de queue aurait mis leurs frêles bateaux en pièces, mais une circonstance heu- reuse leur vint en aide. La marée était presque basse, de sorte qu’à mesure qu’on gagnait l’intérieur du port, les mouvements des animaux étaient de plus en plus gènés, et enfin paralysés quand ils échouèrent. Épuisés par les efforts qu’ils avaient faits, par les coups qu'ils avaient reçus, perdant du sang en quantité telle que toute l’eau du port en était rougie, ils ne tardèrent pas à mourir. »

Il est à présumer que la femelle de Saint-Vaast était un individu égaré, appartenant au même groupe que les trois femelles de Goury. Les Hyperoodons, en effet, comme la plupart des cétacés, voyagent par petites bandes appelées games, et setrouvent rarement isolés. D’a- près le capitaine David Gray (1), les games d'Hyperoodons comprennent de quatre à dix individus, rarement davan- tage, bien qu’on ait fréquemment en vue plusieurs troupes en même temps. Les mâles vont très souvent seuls ; tou- tefois on rencontre de temps à autres de jeunes mâles, des femelles et leurs petits, avec un mâle adulte pour guide. Les observations du capitaine David Gray sont celles d’un baleinier expert en sa profession et em- preintes d’une précision scientifique remarquable; elles concordent assez bien avec celles du D' Willy Kükenthal qui, dans son voyage au Spitzherg (2), a vu le plus sou- vent deux individus ensemble, un mâle et une femelle, ou bien une femelle et un jeune, plus rarement des bandes de trois à sept Hyperoodons.

C’est l'illustre cétologue danois, Eschricht (3). qui a réuni les documents les plus précis sur l’habitat de ces animaux. Ils passent les mois de l’été, de mai à sep- tembre, dans les mers polaires, au voisinage des glaces: à l'automne ils descendent plus au sud, atteignent même les îles Feroë et passent probablement l'hiver au large dans les eaux septentrionales de l'Océan atlantique. Ce sont des games ou des individus égarés qui viennent échouer sur les côtes plus méridionales de l’Europe; les échouements sont assez fréquents dans les îles Britan- niques, l’Hyperoodon s'engage parfois dans les ri- vières ; ils sont plus rares sur les côtes des Pays-Bas et un peu moins sur les côtes françaises de la Manche, sur- tout depuis Le Havre jusqu’à Barfleur; un individu com- plètement perdu dans l'Atlantique pénétra dans la Méditerranée en 1880, et vint échouer sur la plage d’Aigues-Mortes.

C’est un officier de marine, Baussard, qui décrivit le premier, avec suffisamment de détails, un échouement d’'Hyperoodons sur les côtes françaises; le 19 sep- tembre 1788 deux individus femelles, la mère et son jeune, échouèrent près d’Honfleur à l'embouchure de la Seine et servirent aux études de cet officier; comme tous les Hypéroodons ils présentaient sur le palais de

(4) David Gray. Notes on the Character and Habits of the Bottlenose Whale (Hyperoodon rostralus). Proc. Zool. Soc., 1882, p. 726-731.

(2) Willy Kükenthal. Einige Notizen über Hyperoodon rostratus, Lilljeborg und Beluga leucas Gray. Archiv. für Naturgeschichle, Jahrg, 55. 1889, p. 165. |

(3) Dr F. Eschricht. Untersuchungen über die nordischen Walllhiere, 1849, p. 29,

nombreux tubercules cornés qui paraissaient former à eux seuls toute l’armature buccale; Lacépède décrivit à tort ces tubercules comme des dents et en raison de ce fait, donna à l'animal le nom fâcheux d’Hyperoodon (dents au palais) qui est employé couramment aujourd’hui.

Les échouements se produisent généralement sur nos côtes vers la fin de l’été et en automne ; on n’en si- gnale pas en hiver pendant les trois premiers mois de l’année. Au mois de mars, on rencontre accidentelle- ment quelques individus au large des îles Shetland, en mars et surtout en avril, ils sont déjà nombreux dans les parages de Jean-de-Mayen, où, d’après Kükenthal, ils sont l’objet d’une pêche lucrative'; plus tard, ils s’a- vancent encore davantage vers le nord et finissent par atteindre le 70° degré de latitude nord. Comme Ecchricht, le capitaine David Gray attribue aux Hyperoodons. comme zone estivale, l’entrée du détroit d'Hudson et le détroit de Davis jusqu’au 70° degré, le cap Farewell, les côtes d'Islande et le Groenland, avec les eaux polaires comprises entre ces continents et le Spitzherg. Ils ne paraissent pas s'étendre en dehors de ces longitudes extrèmes, car les cétacés signalés au Kamtchatka comme des Hypéroodons, n’appartiennent très probablement, pas, d’après Eschricht, au genre qui nous occupe. ,

Eschricht a [depuis longtemps observé que les échoue- ments de mâles sont toujours excessivement rares : « On trouve l'explication naturelle de ce fait, dit-il, en admet- tant que les femelles sont moins craintives que les mâles ou mieux, qu’elles cherchent des eaux plus tranquilles à cause des jeunes qui les accompagnent. Mais puisque les jeunes encore à {la mamelle sont en général du même sexe que la mère, on se voit obligé de conclure que les femelles sont certainement beaucoup plus nombreuses que les mâles. »

E.-L. Bouvier. (A suivre.)

SOCIÈTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE

Séance du 6 avril 4894. M. Fournier adresse à la So- ciété une note sur les « prétendus dépôts marins de l’époque romaine dans la vallée de la Sûvre », qui paraissent n’être que des débris accumulés par l’homme. M. Douvillé entretient ses confrères des couches traversées par le canal de Panama et qui peuvent être assimilées à celles qui constituent la forma- tion tertiaire des Antilles; les unes sont miocènes; d’autres avec des Orbitoïides et des Nummuliles doivent être rapportées à l'Oligocène. Enfin la partie méridionale du canal jusqu’au Pacifique est occupée par la formation lignitifère représentant l’'Eocène. Toutes ces couches sont horizontales ou peu inclinées. M. Douvillé compare cette structure avec celle des isthmes de Corinthe et de Suez également constitués par des terrains rela- tivement récents. M. de Margerie signale la découverte faite récemment par un géologue américain, M. Haye, dans les Appa- laches, de phénomènes de recouvrement analogues à ceux qui ont été si bien décrits en Provence par M. Bertrand. Cette communication est suivie d’un exposé intéressant fait par M. Bertrand, avec exemple à l'appui, sur la facilité avec laquelle ces phénomènes permettent d'interpréter des coupes présentant des anomalies difficiles à expliquer d’une autre manière. -- M. Toucas a adressé, par l'intermédiaire de M. Douvillé, une note en réponse aux observations de MM. de Grossouvre, Bertrand et de Saporta sur l’âge des couches à Hippuriles dilatatus de la Provence et des Corbières. Cette note, remplie de faits, de détails, échappe à toute analyse succincte. M. Tardy fait une communication sur la forme générale de l'écorce terrestre et son influence sur la direction dès plis. M. Philippe Thomas envoie un travail sur des ro- ches ophitiques du sud de la Tunisie, toujours accompagnées

LE NATURALISTE

de boues gypsifères et salifères, bariolées de vives couleurs. Par places, on observe en outre : des blocs du calcaire encaissant plus ou moins métamorphisés; des fragments de roches sili- ceuses vertes, noires ou violettes; des cristaux bipyramidés de quartz, du fer oligiste, de la pyrite et de curieux nodules de galène argentifère. Ces roches traversent tous les terrains y compris les mollasses miocénes. Leur éruption à être suivie d’une période d'activité geysérienne correspondant à l’époque pliocène.

Séance du 20 avril 48914. —}M. Albert Gaudry, rappe- lant la découverte d’une mâchoire de Phoca groënlandica faite dans la caverne de Raymonden (Dordogne), parle d’une trou- aille analogue dans le quaternaire du Nord de l’Europe. M. Tardy fait une communication sur quelques sources miné- rales de l'Auvergne etsur les phénomènes qui les accompagnent. M. L. Carez a reconnu, en poursuivant ses études dans les Corbières, qu’il existe réellement des couches triasiques dans la vallée de la Sals, dans celle du Bézu et à Saint-Ferriol, con- trairement à ce qu’il avait annoncé dans une communication

‘antérieure. M. Toucas présente nne revision des espèces

d'Hippurites qu'il divise en quatre grands groupes. L’auteur donnée la caractéristique de chacun de ces groupes. M. Carez ajoute que, dans les Corbières, il y a quatre niveaux d'Hippu- rites correspondant bien à ceux qui ont été énumérés par M. Toucas. M. Aubert étudie l’Eocène tunisien. L’Eocène inférieur est représenté par six assises. L’Eocène moyen ne paraît pas exister. L’Eocène supérieur peut se diviser en trois assises. Dans le sud de la Tunisie, l’'Eocène n’est représenté que par l'étage infémeur. M. Léveillé envoie à la Société une note sur l’époque glaciaire dans l’Inde méridionale et sur les effets résultant de cette période.

Séance du 4 mai 48914. M. de Grossouvre fait une lon- gue communication sur la position stratigraphique de la craie des Corbières et de la Provence. Il discute les conclusions for- mulées par M. Toucas et fait des diverses assises une étude détaillée qui se prète mal à l'analyse. À cette occasion, M. de

Grossouvre fait connaître qu'il prépare une monographie des

Ammonites de la craie supérieure, étage sénonien, et il fait appel au concours de ses confrères en les priant de lui commu- niquer les matériaux qu’ils pourraient avoir en leur possession. =}. Douvillé décrit diverses formes d’Ammonites carénées à cloisons cératitiformes (genre Tissolia) du Crétacé et donne des indications sur leur distribution stratigraphique. M. Fi- chewr adresse à la Société une note sur la situation des cou- ches à Terebratula diphya dans l’Oxfordien supérieur de Ouar- senis (Algérie). M. Bertrand pour expliquer cette situation anormale avait suggéré l’idée d’un renversement des couches. M. Ficheur croit devoir repousser cette interprétation et main- tenir ses premières conclusions. M. Collot a envoyé quelques rectifications de contours géologiques de la carte des Basses- Alpes.

Séance du 24 mai 48914. M. Dollfus montre, par des observations faites dans Eure-et-Loir, vers Chartres, Main- tenon, Epernon, etc., que l’argile à silex s’est formée même postérieurement à l’ouverture des vallées et à tous les âges. M. E. Pellat adresse à la Société une note sur un gisement de calcaires à Bulimus Hopei des environs d’Eygalières (Bouches-

“du-Rhône). L'auteur donne des détails sur les caractères du

Bulimus Hopei. M. Arnaud, s'appuyant sur des textes em- pruntés à Coquand lui-méme démontre qu’il a adopté pour Vétase Santonien des limites conformes à celles établies par ce géologue. M. Toucas adresse une nouvelle réponse aux observations de M. de Grossouvre sur la craie des Corbières et “dela Charente et M. Cofteau fait une communication sur les oursins de l’ouest de la France.

Séance du 25 mai 1894. M. Léon Bertrand présente une note sur trois espèces non figurées du genre Scalpellum provenant du calcaire grossier des environs de Paris. M. Roussel a envoyé une note sur les terrains primaires de Mérens, dans les Pyrénées ; une seconde note a pour objet de passer en revue les divers plis que l’auteur a observés dans le versant français des Pyrénées. M. Gosselel fait une commu- nication sur les grès de Beleu, près Soissons. Il expose ensuite les résultats des travaux de M. Ladrière sur les limons et autres terrains quaternaires du nord dela France, M. Zeiller examine comparativement les caractères des genres Trizygia et Sphenophyllum. M. E. de Margerie transmet une note préliminaire de M. Bogdanowitch sur les observations faites par ce géologue dans l'Asie centrale au cours de l'expédition du colonel Piewtzoff. La chaîne du Kouenlun est constituée par des roches éruptives et cristallines anciennes, par du

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Devonien inférieur à Stromatopores et par du Carbonifère à Fusulines, transsgressif sur les terrains antérieurs. La structure de ces montagnes, d'altitude variant entre 6500 et 1800 mètres, est très compliquée. La partie explorée du Thibet n’est pas un vrai plateau mais une région nettement plissée. Les dépôts thibétains sont d’âge inconnu, non antérieur, dans tous les cas, au carbonifère. Par suite de l’altitude exceptionnellement élevée à laquelle se trouve reléguée, dans le Kouenlun, la limite infé- rieure des neiges persistantes (entre 5.500 et 6.170 m.) les gla- ciers y sont rares et de second ordre ; aucune trace n’indique qu’ils aient eu jadis un développement plus considérable dans la région.

Séance du 8 juin 4894. M. Carez revient sur quelques points de la géologie des Corbières. Il rattache au Trias les argiles rouges de la vallée du Bézu. I1 maintient l’existence de phénomènes de recouvrement, notamment au pic de Bugarach, malgré l'opinion contraire de M. Roussel. Enfin il donne quel- ques détails relativement à la structure des vallées de Bézu et de la Sals. M. Chaper expose les quelques faits relatifs à la géologie de l’île de Bornéo, qu’il a été à même d’observer durant un récent voyage. M. D. P. OŒEhlert décrit deux Crinoïdes nouveaux provenant de la grauwacke dévonienne inférieure des environs de Néhou (Manche). L’un de ces Crinoïdes, le Diamenocrinus Jouani constitue le type d’un nouveau genre de la famille des Rhodocrinidæ. M. Bertrand fait une com- munication sur le massif d’Allauch situé au nord-est de Mar- seille. Sa structure est tout à fait exceptionnelle et parfois très difficile à comprendre. On y retrouve des plis couchés et d’au- tres anomalies stratigraphiques curieuses, que M. Bertrand cherche à expliquer par d’ingénieuses hypothèses. M. Dou- villé présente, au nom de M. Parrandier, des profils géologiques des diverses tranchées du chemin de fer de Dijon à Chalon. Le secrétaire dépose ensuite diverses notes sur le bureau.

Séance du 22 juin 4894. M. Lodin expose les raisons qui doivent, à son avis, faire admettre que les gîtes calami- naires se sont formés par sulfatisation de gites sulfurés préexis- tants et précipitation des sulfates ainsi formés par l’action des épontes calcaires ; à l'appui de ses conclusions, M. Lodin invo- que les résultats d’un certain nombre d’expériences de labora- toire. M. G. Dollfus compare les conclusions du mémoire de M. Ladrière sur les Limons à la classification du quaternaire établie par Belgrand ; il discute ces conclusions et fait remar- quer que M. Ladrière ne tient pas compte des faunes. M. de Mercey parle des gîtes de phosphate de chaux de la Picardie et M. Lacroix de quelques roches de l’Asie-Mineure, M. Mu- nier=-Chalmas ajoute quelques faits nouveaux aux remarquables études de Deslongchamps sur les terrains jurassiques de Nor- mandie. Le même géologue fait une seconde communication sur l'équivalent marin du calcaire lacustre de Brie. Il a déja signalé depuis longtemps dans les environs d'Argenteuil (Buttes de Sannois et d’Orgemont) la présence, au-dessus des marnes vertes, de couches marines comprenant des lentilles de gypse et des alternances de marnes renfermant soit des espèces ton- griennes, soit des espèces nouvelles. Cét horizon est recouvert par les marnes à Ostrea cyathula et longirostris. Ces couches occupent donc la même position que le calcaire de Brie dont elles sont rigoureusement synchroniques. MM. Rigaux et Douvillé communiquent à la Société une série d’observations faites sur la structure des couches jurassiques le long de la limite septentrionale du cap Gris-Nez. M. Lambert présente une note sur les oursins du genre Echinocyamus. M. Ph. Thomas adresse une note sur l’Etage miocène du sud-est de l'Algérie et de la Tunisie et sur la valeur stratigraphique de l’Ostrea crassissima. M. Collot a fait une étude sur le Buli- mus proboscideus d'Orgon. M. Depéret fait une communi- cation sur la terminologie et la synonymie des genres Macro- therium et Chalicotherium.

IN°e.

LIVRE NOUVEAU

Les Champignons, au point de vue biologique, économique et taxonomique, par À. ACLOQUE.

1 volume in-16 de 328 pages avec 60 figures (Bibliothèque scientifique conlemporaine.........,,.... PARU cache PREMIERE Lamycologie est une science relativement récente. M. Acloque

a pensé qu’il y aurait intérêt à recueillir les observations et à

résumer les travaux des savants qui, pendant ces cinquante

dernières années, ont étudié les champignons le microscope à la main,et ont fondé la science mycologique. Son livre est assez exact et assez clair pour instruire ceux qui ne savent pas et veulent apprendre, et pour rappeler à ceux qui savent ce qu'ils ont appris. Les descriptions anatomiques sont aussi claires que possible ; l’auteur n’a pas reculé devant l'emploi des termes propres, persuadé qu'une science ne s'apprend pas sans la technologie qui lui est particulière ; mais il les a tou- jours définis de facon à être toujours parfaitement intelligible.

Après une étude de l’appareil végétatif, il passe à l’étude des organes accessoires, puis des organes essentiels de l’appareil reproducteur. La partie anatomique se termine par étude des cellules-mèêres et de l’hyménium, et des cellules-filles et des spores. La partie physiologique expose les phénomènes de la sporification, la théorie du polymorphisme et la question de la fécondation.

Dans la partie économique sont étudiés les champignons comestibles, les champignons vénéneux, les champignons nui- sibles, la culture, la récolte et la conservation:

Une dernière partie est consacrée à la taxonomie mycolo- gique et à l'étude des classifications de Bulliard, de Persoon, de Link, de Nées, de Fries, de Léveillé, de Berkeley, de M. Bertillon, etc.

CHRONIQUE

Muséum d'histoire naturelle de Paris. M. Milne Edwards, professeur au Muséum, est nommé directeur de cet établissement.

Mort de M. de Quatrefages. M. de Quatrefages de Bréau, membre de l’Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle, est mort mardi soir, 12 janvier, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, des suites d’une conges- tion pulmonaire double, provoquée par l'influenza.

Docteur en médecine et docteur ès sciences, M. de Quatrefages, qui était un des représentants les plus émi- nents de la science française, laisse de très importants travaux sur lesquels nous aurons à revenir prochaine- ment,

ACADÉMIE DES. SCIENCES

Séance du 7 décembre 4894. M. J. Bonnier décrit, chez les amphipodes de la famille des Orchestidæ, la glande antennale : question intéressante en ce qu’elle indique, par sa présence ou son absence, sicette famille doit ètre, comme on le fait généralement, séparée des Gammaridæ.— MM. G. Pouchet et H. Beauregard communiquent à l’Académie une liste d’é- chouements de grands Cétacés sur la côte francaise depuis fé- vrier 1885. Grâce à l’initiative de Paul Gervais, le ministère de la Marine a organisé un service d'informations par suite du- quel la chaire d'anatomie comparée du Muséum est immédia- tement informée des échouements de grands Cétacés qui peuvent se produire sur nos côtes. Pour la première fois, la Megaptora Boops est signalée, dans la mer Méditerranée. M. À. Giard croit pouvoir déterminer d’une facon à peu près complète la position systématique du champignon parasite des Acridiens, le Lachnidium acridiorum. 11 semble être très voisin des Cla- dosporium et, comme ce dernier Hyphomycète, devra être rat- taché plus tard soit aux périsporiacées soit aux sphériacées. M. Ed. Heckel signale un mode particulier de germination qu’il lui a été donné d'observer dans l’Araucaria Bidwilli; et dont on retrouve seulement quelques indices dans l’Araucaria Brasiliensis. La radicule à peine sortie des enveloppes de la graine et des cotylédons se renfle en un tubercule qui absorbe à peu près toutes les réserves nutritives de la graine et des cot ylédons, Cette portion vidée et inutile (cotylédons et enve- loppes) se sépare alors par la formation d’une zone subéreuse qui se forme à la base des cotylédons. La gemmule restant, bien entendu, est attenante au tubercule radiculaire. C’est géné- ralement sous cette forme douée d’une résistance vitale plus considérable que nous parviennent d'Australie les araucaria.

28 LE NATURALISTE PRE

-

Séance du 14 décembre. M. de Bruyne décrit le tissu conjonctif reticulé qu’on observe dans la tunique musculaire du tube digestif de la Grenouille, du Lapin, etc. M. L. Roule, dans ses études sur les premières phases du développement | des crustacés édriophthalmes, a pu observer deux faits impor- . tants; la genèse diffuse du mésoderme .par le blastoderme | presque entier; l’origine double de l’endoderme, les deux | zones originelles étant séparées par un vaste espace.— M.R. Mo- niez a retrouvé, dans un cestode parasite de l’Oxyrhina glauca ; l’état parfait du curieux parasite du poisson lune, le Gymnor- hynchus reptans qui forme, comme on le sait, un lacis inextri- cable dans le foie de la môle. M. F. Regnault a étudié chez les Indous, elle est très développée, la fonction préhensile du pied; il a reconnu que le gros orteil présente des mouve- ments étendus et énergiques d’adduction et d’abduction, d'éle- vation et d’abaissement. Jamais il n’a pu observer de mouve- ment d’opposition. M. de Quatrefages signale l'importance de cette note au point de vue l’origine de l’homme, M. Blei- re " cer la présence de coquilles terrestres tertiaires dans e tuf volcanique du Limbourg (Limbuwrgile

GES ele 2 ne

Séance du 21 décembre, Prix décernés par l’Acadé- mie pour l’année 1891.

Le Prix Delesse est accordé à M. Barrois, de Lille, pour ses travaux sur la géologie de la Belgique, du nord de la France des Asturies, de l’Andalousie et enfin sur un travail capital, quoique inachevé sur la Bretagne. Le Prix Bordin est donné à M. Guignard pour ses travaux sur la fécondation des vécé- taux. Le Prix Desmazières, à M. A: N. Berlèze pour ses tra- vaux sur les champignons du nord de l'Italie et en particulier ses Icones Fungorum. Le Prix Montagne est décerné à M. H. Jumelle pour son mémoire intitulée Recherches physiolo- giques sur les lichens. Le Prix Thore à MM. J. Costantin et L. Dufour pour leur nouvelle flore des champignons (en vente aux bureaux du Journal). Le grand prix des Sciences phy- siques est décerné à M. Jourdan pour ses recherches sur les organes des sens des invertébrés. Le Prix Bordin pour lé- tude comparative de l'appareil auditif chez les animaux verté- brés à sang chaud (Mammifères et Oiseaux) est décerné à M. Beauregard. Le Prix Savigny destiné à récompenser les naturalistes voyageurs principalement dans la mer Rouge est donné à M. L. Faurot. Le Prix da Gama Machado est ré- servé, MM. Raphaël Blanchard et L. Joubin obtiennent un en- couragement. Le Prix Cuvier cest accordé au Geologica surwey des Etats-Unis en témoignage de haute estime pour cette œuvre collective. Le Prix Trémont est décerné à M. Émile Ri- vière pour ses mémoires d’Anthropologie préhistorique. Le Prix Petit d'Ormoy est décerné à M. L. Vaillant pour l'en- semble de ses travaux de Zoologie, et en particulier pour son travail sur les poissons du Travailleur et du Talisman. M. Berthelot termine la séance en prononcant l'éloge de Henri Milne-Edwards.

Séance du ?8 décembre. M. À. Lacroix adresse à l’a- cadémie une note sur la formation de Cordiérite dans les roches sédimentaires fondues par les incendies des houillères de Commentry (Allier). M. Gaubert et Charles Brongniart montrent que les peignes des Scorpions sont bien, comme l’a- vait prévu M.Blanchard, des organes propres à l’accouplement; ils semblent, en outre, être des organes de tact d’une sensibi- lité exquise. M. G. Pouchet adresse à l’Académie une note sur le régime de la Sardine en 1890. M. Joannes Chain signale la présence de l’Helerodera Schachtii dans les cultures d’œillets à Nice. —M. Trouessart signale un cas de phtiriase du cuir che- velu causé chez un enfant de5 mois par le. Phéirius inguinalis. M. L. Mangin communique à l’Académie le résultat d’obser- vations qu’il a faites sur la membrane cellulosique des Végé- taux. Il existe, d’après lui, trois séries de colorants caractéris- tiques pour la cellulose : 40 les réactifs iodés, 20 les colorants du groupe de lOrseilline BB teignant en bain acide, 30 et enfin la série des couleurs de Benzidine teignant en bain alcalin. Les observations de M. Mangin montrent que toutes les membranes qui donnent un résultat positif avec ces trois séries de réactifs sont de nature cellulosique ; réciproquement, la cellulose fait dé- faut dans les tissus où, après l’action des alcalis caustiques, ces divers colorants donnent un résultat négatif.

L | . | J .

Le Gérant: Émize DEYROLLE.

PARIS. IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. :

14 ANNÉE

2 SÉRIE

° I1S 1% FÉVRIER 1892

M. DE QUATREFAGES

La science vient de faire une très grande perte en la personne de M. de Quatrefages. L’éminent professeur d'anthropologie du Muséum s'est éteint le 12 janvier, à l’âge de 82 ans. La nouvelle de sa mort a suivi de très près la nouvelle de sa maladie. La douloureuse surprise qu’elle a causée à été d’autant plus grande que, peu de jours auparavant, l’activité physique et intellectuelle de V'illustre savant faisait encore l’admiration de tous.

Cette Revue a considéré comme un devoir de consacrer

‘une courte notice à la belle carrière et aux {ra- vaux scientifiques d'un homme dont le nom fi- gurera toujours dans la liste des grands natura- listes francais.

Jean-Louis-Armand de Quatretages de Bréau était le 10 février 1810, à Berthezène, pe- tit village des Céven- nes, dans le départe- ment du Gard. Il étudia d’abord la médecine à Strasbourg. Nommé au concours préparateur de physique et de chimie à la Faculté, il prit succes- sivement les grades de licencié et de docteur ès sciences mathémati- ques, de docteur en médecine et de docteur ès sciences naturelles. M. de Quatrefages n’eut jamais à regretter d’a- voir consacré une bonne partie de sa jeunesse à des études aussi variées que solides. « Chaque fois que j'ai changer la direction de mes étu- M des, disait-il, j’ai trou- vé, bien souvent, dans ma nouvelle carrière, l’occasion d'appliquer des notions acquises dans les précédentes. »

En 1833, M. de Quatrefages alla se fixer à Toulouse pour exercer la médecine, Il consacrait à des recherches d'histoire naturelle les loisirs que lui laissait sa clientèle. En 1838, il fut chargé du cours de zoologie à la Faculté des Sciences. Mais, ne pouvant poursuivre ses recherches en province, il résigna bientôt ses fonctions et vint s'établir à Paris. Le jeune savant n'étant pas riche il dut chercher à se procurer des ressources. Il écrivit des articles dans la Revue des deux Mondes et il dessina un certain nombre de planches pour le Règne animal illustré. M. de Quatrefages aimait à raconter ces débuts plus que modestes aux jeunes gens qu’il voulait encourager.

Dès cette époque, il sut donner à ses travaux une

. Quatrefages, décédé à Paris, le 12 janvier 1892 (photographie de M. E. Pirou).

êtres qui le composent, des différences extrêmement considérables, au point de vue de la complication orga- nique. À l’une des extrémités de ce règne, les actes vitaux s’accomplissent à l’aide d’appareils très nombreux et très complexes; à l’autre extrémité se trouvent des animaux chez lesquels on ne retrouve qu'avec une grande difficulté des traces de ces appareils. » Pour démêler les rapports qui relient entres elles des espèces en apparence si différentes, M. de Quatrefages, partant de ses premières études sur l’homme, descendit l’échelle des animaux et s’attacha à l’étude de ce qu’il croyait être « la marche suivie par la nature dans la simpli- fication ou dégradation des organismes ». Il en- treprit et mena à bonne fin un grand nombre de monographies, dans lesquelles il s’occupait de la forme extérieure, de l'anatomie, dela phy- siologie et même de l’embryologie, desespè- ces étudiées. Ces recher- ches ont porté sur tous les embranchements du règne animal ; les seules Annélides on fait l’objet de plus de vingt mémoi- res. Parmi les mollus- ques, M. de Quatrefages s’attacha principale - ment à l’étude de ce cu- rieux groupe auquel il a donné le nom de mollus- ques phlébentérés, et qui fut l’objet de tant de discussions de [a part des zoologistes de tous les pays.

En 1840, les natura- listes étaient bien loin de posséder les moyens de travail dont on dis- pose aujourd’hui. Il n'y avait pas de laboratoires de zoologie aux bords de la mer. Le jeune sa- vant dut partir pour les côtes de la Bretagne et aller travailler dans les auberges ou dans les cabanes des pêcheurs. IL visita successi- vement l’archipel de Chausey, Saint-Vaast la Hougue, Boulogne, Saint-Malo, Guettarry, Saint-Sébastien. Plus tard, en compagnie de Milne-Edwards et de M. Blan- chard, il parcourut les côtes de la Sicile. Le récit de ces voyages fut publié par l’auteur en un livre intitulé : Souvenirs d’un naturaliste. La lecture peut en être recom- mandée à tous les jeunes naturalistes. Ils pourront com- parer les facilités du présent avec les difficultés du passé et admirer le spectacle d’une vocation scientifique que rien ne saurait altérer ni décourager.

Ces travaux, ainsi que diverses notes publiées sur l’'em- bryogénie de divers animaux,sur les phénomènes de phos- phorescence, sur la fécondation artificielle des Poissons, etc., valurent à M. de Quatrefages sa nomination comme

MO eSSeUr d'histoire naturelle au lycée Henri IV, Trois

30 LE NATURALISTE

ans plus tard (1832), il fut élu membre de l’Académie des Sciences, dans la section de zoologie, en remplacement de Savigny.

En 1855, M. de Quatrefages fut appelé à la chaire d’an- thropologie du Muséum. Cette nomination fut le point de départ de ce qu’on peut appeler la seconde période de la carrière scientifique de l’illustre savant. La chaire d'anthropologie, fondée en 1832 pour Flourens, qui était un physiologiste, avait été occupée ensuite par Serres, qui était un anatomiste, M. de Quatrefages s'appliqua à élargir le cadre, par trop médical, ses prédécesseurs avaient enfermé la science de l’homme. Naturaliste, il voulut étudier l’histoire naturelle de l’homme et appliquer à l'espèce humaine les principes qui l'avaient guidé dans l'étude des animaux inférieurs. Il fut conduit à aborder les problèmes les plus élevés et les plus délicats. Ce fut d’abord la question de l’unité de l’espèce humaine. M.de Quatrefages se déclara monogéniste ; il développa les arguments en faveur de son opinion dans son enseigne- ment et dans des livres qui furent traduits dans un grand nombre de langues. Malgré sa parfaite loyauté et le caractère exclusivement scientifique de ses œuvres, l’auteur ne put parvenir à plaire à tout le monde : « Le dogmatisme et l’antidogmatisme, disait-il récemment dans un discours à la conférence Scientiu, ont de tout temps, et aujourd’hui plus que jamais, pris pour théâtre de leur lutte ce terrain (de l'anthropologie) qu’ils auraient respecter. Trop souvent, ils ont été conduits à consi- dérer les faits à travers le prisme de leursdoctrines et à résoudre, en vertu d'a priori qui n’avaientrien de scien- üifique, des questions relevant de la science seule. Chargé d'enseigner l’histoire naturelle de l'homme, je me promis bien de ne jamais écouter ni l’un ni l’autre et de rester exclusivement naturaliste. Je puis dire que je suis resté fidèle à cette promesse. Par cela même je ne fus pas toujours compris, surtout au début, On interpréta mes paroles, on me prêta des opinions. Un de mes col- lègues de la Société d'anthropologie me traita un jour de mystique, parce que je soutenais l'unité spécifique de tous les hommes; peu après, j’apprenais qu’un jour- nal m'avait représenté comme un matérialiste déguisé, parce que j’admettais la multiplicité des centres de créa- tion pour les animaux et les plantes. En fait, dans les deux cas, j'avais seulement répété ce que m'avaient appris l'expérience el l’observation. »

Plus, tard M. de Quatrefages eut à s'occuper du Darwi- nisme. Tout le monde sait qu'il a toujours combattu cette théorie tout en faisant le plus grand éloge de Darwin, Veut-on connaître son opinion exacte? Il la résumée lui-même dans le discours précité, lequel cons- titue une sorte d’autobiographie scientifique. Voici comment il s’est exprimé : « Laconception de Darwin est le plus vigoureux effort qui ait été fait pour éclaircir ce qu'il a appelé lui-même le mystère des mystères, savoir le développement et la succession des êtres vivants à la surface du globe. C'est même la seule en réalité qui mérite le nom de fhéorie, parce que seule elle em- brasse les faits d'ensemble et de détail, et les coor- donne par un petit nombre de lois ou principes logi- quement enchaînés. Pour qui accepte toutes les hypo- thèses de Darwin, le passé, le présent des faunes et des flores n’ont presque plus de secrets, et leur avenir

. même peut en partie être prévu : Je comprends toutes les séductions que ne pouvaient manquer d’exer- cer ces merveilleuses perspectives ouvertes à l’esprit

humain par un homme d’un savoir profond, servi par une intelligence des plusingénieuses, ennobli par une bonne foi, par une loyauté que l’on ne saurait trop proclamer. Mais un trop grand nombre de ces hypothèses sont en contradiction flagrante avec une foule de faits démontrés par l'expérience aussi bien que par l’observation; et j'ai combattre Darwin avec d'autant plus de persévérance que ses idées étaient plus séduisantes et plus généra- lement adoptées,

« Deux devoirs s’imposaient à moi, dans cette lutte avec le grand penseur anglais. Le pemier était de me rendre un compte rigoureusement exact de sa pensée et de Pexposer fidèlement avant de la combattre; le se- cond, de reconnaitre et ne jamais oublier les services de premier ordre rendus par lui à la science positive, non seulement par des travaux accomplis en dehors de toute théorie, mais encore et plus encore, peut-être, par ceux-là mêmes dont j'avais à discuter les données fondamentales. Il m'est permis de dire que je me suis efforcé de les remplir de mon mieux et que j'ai réussi. J'en ai pour garant Darwin lui-même. Il répondit à l’en- yoi de mon livre en me remerciant d’avoir été l'inter- prète exact de sa doctrine; en ajoutant qu'il aimait mieux être critiqué par moi que loué par bien d’autres. Son fils Francis Darwin, en répétant ces paroles au ban- quet que lui offrit Scientia, a attesté qu’elles n'étaient pas une simple politesse, mais que telle étaiten réalité la pensée de son père. De tous les témoignages bienveillants que mwa valus ce livre, c’est bien celui dont j'ai été le plus heureux. »

Indépendamment de ses travaux sur les grandes ques- tions de philosophie naturelle, M. de Quatrefages a pu- blié un grand nombre d’ouvrages d'anthropologie pro- prement dite. Nous ne pouvons que citer ici sa magis- trale étude sur les Polynésiens et leurs migrations, ses livres intitulés : Hommes fossiles et hommes sauvages ; les Pygmées ; Introduction à l’étude des races humaines ; Rap- port sur les progrès de l’Anthropologie en France, etc.

Il fut l’un des premiers à admettre et à proclamer l’an- tiquité géologique de l'Homme et son existence dans notre pays, à l’époque quaternaire. En collaboration avec M. le docteur Hamy, il a publié les Crania ethnica, une volumineuse monographie des races humaines vi- vantes et fossiles.

De pareils travaux méritaient Les plus grands honneurs. Ils n’ont pas manqué à l'illustre savant. Il a présidé plusieurs fois des congrès internationaux et recu des marques de distinction considérables de la part de plu- sieurs gouvernements étrangers. Il faisait partie de la Société royale de Londres, de la Société impériale de Moscou, des Académies des Sciences de Bruxelles, de Munich, etc. En France, il a présidé plusieurs fois la Société de géographie. Enfin il était commandeur de la Légion d'Honneur et officier de l’Instruction publique.

11 est à peine besoin de parler de la noblesse de ca- ractère et des qualités de cœur de M. de Quatrefages, Elles se reflètent dans ses travaux. Pourtant, ilfaut signaler sa belle conduite pendant et après le siège de Paris. Resté dans la capitale, dans la maison de Buffon quil habitait au Muséum, il eut la douleur de constater que le Muséum d'histoire naturelle servait souvent de cible aux obus prussiens. Il protesta d’une belle manière, en publiant une dernière « monographie » : la Race prus- sienne.

Jusqu'à sa dernière heure, M. de Quatrefages a gardé

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LE NATURALISTE 31

toute l’ardeur, tout l'enthousiasme scientifique de la jeu- nesse. Nul n’a eu plus de confiance en l'avenir. Dans un de ses derniers cours du Jardin des Plantes, il di- sait à ses auditeurs : « Je ne répéterai pas le mot déses- péré de du Bois-Raymond. L’éminent physiologiste a terminé un de ses discours en disant : Ignorabimus! nous ignorerons à jamais. Je me borne à dire : Ignora- mus! nous ignorons pour le moment. Qui donc, en pré- sence des merveilleux progrès accomplis dans ce siècle, peut s’arroger le droit d’assigner les limites au savoir de l’avenir ? » M. Boure.

LE PAPILIO MACHAON, Linné

et ses différentes variétés (suite et fin).

4°Papilio Machaon Linné, Variété Asiatica. Ménétriès.

Si d'Europe on passe en Asie, on constate la présence de Machaon sur un grand nombre de points de ce vaste continent, depuis les régions centrales et méridionales de la Sibérie au nord, jusqu’au midi de l’Indoustan et aux rivages de la Mer de la Chine. Mais l’aspect de ce Papilio dans les différentes sta- tions de cette vaste étendue de pays est loin d’être semblable à celui qui nous est si familier. Dés l’année 1840, Ménétriès désigna sous le nom d’Asiatica une variété de Machaon spéciale aux contrées orientales de l'Asie, et qui diflére du type euro- péen par une taille généralement plus grande, par la forme du contour du bord externe des ailes supérieures qui est sensible . ment dentelée, et surtout par l’extension de tous les dessins ordinaires. La marginale, les taches discoïdales, ainsi que les nervures des mêmes ailes, sont tellement élargies, que les taches jaunes qui couvrent le milieu du disque se trouvent presque aussi réduites que celles du Papilio Xuthus Linné. La bande pré- marginale des secondes ailes, de son côté, offre une largeur si considérable, qu’elle touche presque le bord de la cellule dis- coïdale. Son contour intérieur est, du reste, assez caractéristique ; il s’étend à peu près en ligne droite, ou à peine courbée, depuis la côte jusqu'à l’angle anal; tandis que, chez le Machaon typique et même chez la forme Sphyrus, ce contour est concave et assez profondément denté. Asialica s’écarte donc franche- ment du type normal qui vole autour de nous; mais on ne sau- rait disconvenir qu’il se rapproche beaucoup du Sphyrus pré- cité; et l’analogie qui existe entre ces deux races de papillons d'origine et de milieux si différents mérite d’être relevée. La ressemblance ne dégénére cependant pas en une similitude parfaite. La variété établie par Ménétriès est, en général, en- core plus obscure que celle de Hubner. La marginale postérieure est plus large, son bord intérieur qui frise la cellule est plus droit; les taches bleues qui en couvrent les espaces internervu- raux sont, en revanche, moins développées et moins brillantes, bien que celle qui surmonte l’ocelle anale soit exceptionnelle- ment très vive. Il est, par conséquent, toujours possible de distinguer Asiatica de Sphyrus dans la grande généralité des cas; et cela étant, cette variété nous paraît devoir conserver le nom qui lui a été imposé par son auteur. Nous ne pouvons, par conséquent, partager l’avis du docteur Staudinger qui assi- mile dans son grand catalogue la présente race asiatique de Machaon à celle du Midi de PEurope et du Nord de l'Afrique. Asiatica est, il est vrai, ainsi que le dit ce savant lépidoptériste pour son Sphyrus latinus nigro fasciala; mais il ne répond nul- lement à la caractéristique exprimée par ces mots : Maculis cœruleis permagnis; et ce défaut, très important en lui- même, nous paraît suffisant pour maintenir ces deux variétés séparées.

Asiatica se trouve répandu dans tout le sud-est de la Sibérie, dans PAmurland, en Daourie, dans toute la partie orientale de la chaîne des Monts Altaï et peut-être dans le Kamtchatka, Dans ces différentes stations, il constitue une forme constante qui parait exclure celle du Machaon normal, absolument comme Sphyrus lui-même dans le nord de l'Afrique. Il pénètre, vers le sud-ouest dans le massif alpin de l'Asie centrale M. Alphe- raky et les chasseurs du docteur Standinger l’ont recueilli dans beaucoup de localités. Selon l'explorateur du district de Kouldja,

Asiatica volerait pendant tout l’été sur les montagnes du Tian- Chan, depuis une altitude relativement élevée jusqu’aux limites inférieures des neiges perpétuelles; et, selon Ménétriès, la même forme se rencontrerait sur les cimes élevées de la chaîne de l'Himalaya. Il semble permis de conclure de ces indications séographiques que la variété qui nous occupe ne tend à se développer que sous des climats relativement très froids, ce qui est exactement le contraire de notre race Sphyrus qui ne com- mence à se montrer en Europe que dans des régions d’une température élevée. Ce rapprochement que nous notons en pas- sant semble donc démontrer que ces deux variétés que nous considérons comme distinctes, résultent aussi de causes diamé- tralement opposées.

50 Papilio Machaon Linné, Variété Hippocrates Staudinger.

La plus intéressante de toutes les variétés connues de Ma- chaon est certainement celle qui vient de paraître au jour, sous le nom d’'Hippocrates et que le docteur Staudinger répand dans les collections sous ce nom; elle est plus remarquable, à tous les points de vue, que toutes celles que nous avons étu- diées jusqu'ici. Hippocrates, qui a été découvert d’abord dans la partie septentrionale du Japon et retrouvé ensuite dans les régions de l’Amurland, entre la Chine et la Sibérie, se distingue de la forme précédente avec laquelle elle manifeste le plus d’analogie par sa grande taille, qui n’est pas inférieure à celle des plus forts exemplaires de Xuthus Linné, et par l'intensité plus vive de la teinte jaune générale du fond. Puis, en ne con- sidérant que la face supérieure, on trouve que les taches mar- ginales jaunes des premières ailes sont presque réduites à l’état de points; que le grand espace triangulaire noir sablé, de jau- nâtre qui couvre la base fait une saillie vers le bord interne et s'unit ainsi visiblement à la bande transversale qui précède l'extrémité de l'aile; que les taches triangulaires du fond alignées sur le milieu du disque sont salies extérieurement par un semis d’écailles noires assez denses. Les taches lunulaires jaunes qui précédent le bord de l'aile postérieure, au nombre de six seulement, parce que la première vers la côte est ordinaire- ment absente, sont également couvertes par un lavis obscur semblable à celui dont il vient d'être question. La bande noire prémarginale, au bord de laquelle ces taches reposent, est extrémement dilatée; son contour interne presque rectiligne couvre l'extrémité inférieure de la cellule discoïdale ; elle n’est marquée que de légères macules internervurales bleuâtres ; et elle englobe totalement l’ocelle anale qui est d'un rouge beau- coup plus sombre que chez n'importe quelle autre varitté.

Le dessous d’Hippocrates est encore plus tranché que la face opposée, surtout celui de l'aile postérieure. La bande prémar- vinale, toujours plus ou moins grisàtre chez toutes les formes de Machaon, est, au contraire, dans le cas qui nous occupe d’un noir profond, avec une zone médiane dun bleu brillant qui rêone d’une manière ininterrompue d’un bord de l’aile à l’autre. Cette bande est appuyé du côté intérieur contre trois taches ferrugineuses, analogues à celles qui s'observent soit chez la faune normale, soit chez ses différentes variétés; mais elle est bordée, en outre, extérieurement, par une large ligne flexueuse dun fauve rougeâtre qui n'existe jamais, même à l’état de vestige, chez aucune modification de l'espèce. Sans les carac- ières si remarquables de la face inférieure Hippocrates pour- rait passer pour un ferme extrême, et en quelque sorte pour une exagération de la forme Asiatica; mais, à cause de ces détails absolument insolites et, par conséquent, d’une grande importance au point de vue de la séparation des races, la curieuse et remarquable variété dont il s’agit ne saurait être confondue avec aucune des formes de Machaon observées jus- qu’à ce jour. Ajoutons que ce grand et beau Papilio possède un faux air de Xuthus, dont il atteint, du reste, la taille, mais que l’analogie est toute superficielle, car ces deux types sont spécifiquement distincts et ne montrent aucun indice de parenté sérieuse,

L. AUSTAUT.

LES ANIMAUX-PLANTES

On rencontre fréquemment dans la nature des pro- ductions bizarres, qui sembleraient tenir des deux règnes si on ne les regardait d’un peu près. Il y a long- temps que ces animaux-plantes ont fixé l'attention des observateurs. Vaillant, Linné, Bulliard, ont parlé d’une

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des plus belles espèces européennes, le Cordyceps mili- taris aux coloris bariolés, La Mouche végétante des An- tilles ou des Caraïbes est, depuis longtemps, l'objet d’une attention toute spéciale dans l'Amérique centrale, Voici d’ailleurs ce qu’en dit le naturaliste Bosc : « La nymphe morte d’un insecte de Cuba et de Saint-Domingue porte, sur son dos, une espèce de champignon du genre des Clavaires. Des personnes peu éclairées en ont voulu conclure que des animaux pouvaient se transformer immédiatement en végétaux; mais l’on sait que telle est la nature de certains champignons, notamment de cette Clavaire, de ne pouvoir croître que sur des sub- stances animales déterminées. Si le temps n’est pas fa- vorable, il périt plusieurs de ces nymphes de Cigales qui vivent dans la terre sous les feuilles mortes. La se- mence de la Clavaire s’y attache et s’y développe, voilà tout le merveilleux. De longs filets blancs et soyeux couvrent aussi le corps de ces nymphes de Gigales, de même que celui de quelques guêpes et de quelques Sphinx. »

Le merveilleux qui entoure ces aériennes produc- tions, ne pouvait faire autrement que de leur attribuer des propriétés qu’elles n’ont pas. C’est ainsi que, dans la médecine chinoise, le Cordyceps Sinensis est réputé comme un remède à tous les maux, que ne peuvent employer que les grands personnages. Actuellement on vend, par petits paquets soigneusement préparés, les larves desséchées el leur parasite sur tous les mar- chés chinois: on les fait servir à des mets délicats dont nous autres Européens, nous ne nous faisons certainement pas une idée bien exacte.

LE NATURALISTE

Au Japon, c’est un hémiptère qui porte fixé entre la tête et le cor- selet, un long ap-

pendice terminé

par la partie fruc-

tifère, Voici ce

1 É qu'en dit un ou-

Fig, 1. Paquet de larves desséchées s : et leur parasite (Cordyceps sinensis rage JÉRORÈS

destiné aux écoles primaires de ce pays, l’ins- truction est obli- gatoire! « En Tchikongo, sous-préfecture de Rox-Mu, à Yabeoura montagne de Miyakouano, on trouve un insecte qui, en été, se remue, s’agite et vole, et en automne se change en plante; la racine en est de couleur violette, » II pa- raîtrait même, d’après la lettre d’un missionnaire, que «les partisans de Darwin au Japon en font un grand cas pour appuyer leurs théories transformistes »,

A la Nouvelle-Zélande croît le géant du genre, le re- marquable Cordyceps Robertsii qui figurait en 1889 à l’ex- position néo-zélandaise, La larve parasitée est l’Hepialus virescens qui vif, pendant une partie de l’année, sur les

Berk.) vendu sur les marchés chinois. Fig. 2. Hémiptère du Japon portant

fixé entre la tête ei le corselet un

Cordyceps sphecocephala (Dicks.).

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feuilles d’un certain nombre de plantes et particulière ment d'un Metrosideros. En février elle s’enfonce en terre pour y subir ses métamorphoses; mais, au lieu d’un pa- pillon, on voit souvent apparaître à l’endroitoù elle s’est. enfoncée dans le sol, une longue tige grêle, surmontée d’une massue. Il paraît même que cette espèce est vi- vace et dure plusieurs années : chaque année la partie supérieure du réceptacle fructifère se détruit et, à sa place, s’en développe un autre qui sera à son tour remplacé l’année suivante,

Nombreux sont les insectes qui donnent naïssance, en une partie quelconque de leurs corps, à de semblables parasites : les Diptères, les Hémiptères, les Orthtopères, les Lépidoptères, les Coléoptères,les Hyménoptères, etc., tous y passent. Les Araignées elles-mêmes n’en sont pas exemptées depuis les minuscules Lucifuges qui se réfu- gient sous l'écorce des arbres de nos bois jusqu'aux grosses Mygales des régions chaudes du nouveau monde.

Le relevé que nous avons fait porte à 55 le nombre des espèces de Cordyceps actuellement connus; mais il est probable que beaucoup d’entre elles, décrites souvent sur un exemplaire unique et par conséquent peu connues, doivent faire double emploi.

Quels sont les caractères des Cordyceps et à quoi peut- on les reconnaitre? Ils consistent généralement en un stipe allongé, dressé, fixé sur le corps d’un insecte ou d’un arachnide et claviforme, la massue pouvant occuper une grande partie de la longueur du stipe (com- me dans le C,militaris) ou seulement l'extrémité supérieure. Quant aux or- ganes fructifères (périthéces), ils sont enfoncés dans la substance même de la massue ou superficiels. A lin- térieur de ces périthèces on trouve des sacs clos de toutes parts, allongés (asques) contenant huit petits corps auxquels on donne le nom de spores. Ces spores sont filiformes, en longs bâtonnets, cloisonnées de place en place et se séparant facilement et de bonne heure à la hauteur de ces cloi- sons, Dans un genre voisin, le stro- ma, au lieu de former une colonne plus ou moins allongée, est ténu,. membraneux, et les spores sont obs- curémentseptées. M. Boudier à don- à l’unique espèce dont il est com- posé le nom de Torrubiella aranicida. On peut se demander pourquoi ce ; nom de Torrubiella? Ge n’est autre 1 chose que le diminutif de Torrubia l proposé par Léveillé pour désigner l le genre plus anciennement connu sous la désignation Cordyceps, en l'honneur du moine espagnol Tor- rubia qui s'était occupé, avec succès, de l'histoire naturelle de l’Amérique espagnole.

Quel est le rôle joué par ces champignons dans l’har- monie de la nature? Il est assez difficile de se prononger à ce sujet. La mortalité qu’ils causent n’est pas très con- sidérable et, de plus, les insectes parasités ne comptent pas parmi les plus redoutables,

Fig. 3. Asque el spores de Cordy- ceps.

LE NATURALISTE 33

Comme tous les champignons, les Cordyceps présentent un polymorphisme assez complexe. Les massues longue- ment stipitées, aux teintes plus ou moins vives, ne cons- tituent pas leur seul mode de reproduction. Souvent on rencontre des insectes ou des Arachnides recouverts d’une poussière blanche ou bien encore de petits buis- sons floconneux, comme saupoudrés de farine: ces pro- ductions, qui portent le nom de Botrytis dans le premier cas, d'Isaria dans le second, ne sont que desétats impar- faits de champignons dont les Cordyceps, avec leurs

Fig. 4. Cordyceps militaris (Link) sur une chenille. Fig. 5. Isaria farinosa (Fries) sur une chenille.

massues, représentent le stade Le plus avancé de dévelop- pement, ce que les mycologues appellent la forme asco- phore. Les Botrytis et les Isaria sont formés par des conidies. Ces dernières formes sont loin d’être toutes connues à l’état parfait. Si le magnifique Cordyceps mili- taris qui joue son rôle en détruisant les Bombyxdelaronce est représenté sous sa torme conidienne par l’Isaria fari- nosa, on n’en pourrait dire autant de beaucoup d’autres, particulièrement des Botrytis Bassiana et tenella.

Ces deux champignons, le dernier surtout, sont à Vordre du jour ;presque semblables par tous leurs ca- ractères essentiels, ils se distinguent par la forme et la dimension de leurs corps reproducteurs, de leurs spores et plus encore par leurs propriétés. Le premier est une espèce nuisible avant tout : c’est lui qui, pendant de longues années, a jeté la désolation dans les magnane- ries en détruisant les vers à soie; le second est aussi re- cherché que le premier est redouté, c’est à lui que semble dévolue la tâche bienfaisante d’anéantir les larves du Hanneton. Nous n’entrerons pas dans de longs détails sur ce sujet d'actualité que tout le monde connaît plus ou moins,

Quelquefois Les Isaria présentent des dimensions rela- tivement considérables, par exemple l’Isaria gigantea qui habite Cuba il se développe aux dépens d’une Mygale. C’est probablement à une de ces grandes formes que fait allusion M. Ed. André dans le récit de son voyage dans l'Amérique du Sud. À San Pablo son guide lui parla d’un animal-plante,le Cuso, qu’on lui dépeignitainsi: « un gros ver blanc à tête noire et à six pattes. Il vit dans le sol. Quand il va mourir ou plutôt se transformer. il s'enfonce profondément, ses pattes deviennent autant de racines et sa tête une tige couverte de feuillage et de fleurs. L’ar- buste, que vous devez avoir rencontré, porte le nom de l’insecte. » Pour l'intelligence du récit, il est indispen-

sable de faire remarquer que, souslenom de Cuso, on con- naît une Rubiacée à feuilles dorées en dessous. Le voya- geur français promit 100 piastres fortes au premier qui lui rapporterait l’animal-plante, L’appât d’une telle somme produisit ce qu’on devait en attendre et, le jour même, on lui rapportait une larve rappelant celle des Hannetons dont chacune des pattes se prolongeait en une sorte d’appendice renflé en massue à son sommet, ce à quoi s'attendait M. Ed. André. Ces appendices n'étaient autres que des champignons appartenant au genre Isaria. De à expliquer les affinités de l’insecte avec la Rubia- cée à laquelle il avait emprunté son nom, il n’y a qu'un pas : le Cuso, retiré dans le sol, se nourrit aux dépens des racines de la plante sous lesquelles il reste parfois engagé en partie par la tête après sa mort et après le dé- veloppement du parasite. Il semble alors avec beaucoup de bonne volonté donner naissance à la plante du Cuso avec laquelle on pourrait croire qu'il est intimement lié, et les appendices résultant des rameaux de l’Isaria ressemblent vaguement à de véritables racines. C’est ainsi que le merveilleux s’évanouit quand on ose le fixer. P. Hartor.

DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX

Borocera Esteban, n. sp. 50 millimètres. Aiïles supé- rieures très allongées avec l’angle interne aplati, ne formant qu'une sorte de coude ; inférieures arrondies aux angles interne et anal, droites au bord terminal. Dessus des supérieures brun ferrugineux avec une ombre plus päle traversant l’aile au tiers extérieur. Dessus des inférieures noir brun, ferrugineux le long de la côte, garni de poils au bord abdominal et avec une large bordure jaune de l’apex jusqu’un peu avant l’angle anal. Franges presque nulles aux supérieures, jaunes aux inférieures. Dessous comme le dessus, mais plus ferrugineux et l’ombre des supérieures plus jaune. Antennes pectinées jusqu'aux extré- mités, mais beaucoup plus rrcfondément dans la première moitié, recourbées à partir du milieu. Abdomen très allongé. Corps et pattes brun ferrugineux.

Deux ©” des environs de Loja, 1890.

Lobeza Favilla, n. Sp. © 60, e 10 millimètres. Dessus des supérieures grisaille, traversé par une première ligne grise, sinueuse (lextrabasilaire) à peine distincte, puis au-delà de la cellule par une seconde ligne mieux indiquée, également grise et sinueuse et sur le centre de laquelle s'appuient intérieure- ment deux éclaircies blanches. Une ligne subterminale blanche dentée, termine le dessin de ces ailes qui sont bordées d’un point noir entre chaque nervure. Dessus des inférieures gris, recouvert de poils blonds. Dessous des quatre ailes gris, en partie recouvert de poils blonds. Franges blanches aux quatre aïles. Antennes pectinées dans les deux sexes, plus faiblement dans la

Tête, thorax, antennes, cendrés; dessus de l’abdomen et des- sous du cou bruns.

Un ©” ex larnà, éclos à Loja le 2 juin 1890; un re également de Loja 1890.

Le cocon envoyé avec le mâle mesure 30 millimètres, est allongé, souple et de teinte grise.

P. Docxin,

LA REMIZ PENDULINE

Ægithalus pendulinus (Boie).

De toutes nos Mésanges de France, celle-ci est avec la Panure à moustaches, la plus rare et la moins connue ; c’est pour ces motifs que nous lui consacrons cetarticle.

Le mâle a le dessus de la tête, la gorge et le cou blancs, quelquefois grisâtres, le bas du dos et les couvertures de

34 LE

la queue d’un roux cendré, la poitrine grise nuancée de rose, le front et lesjoues d’un noir bistre, les rémiges et les rectrices noirâtres, bordées de blanc roussâtre, l'œil brun, le bec d’un noir plus ou moins foncé, les pattes grises.

La femelle ne diffère du mâle que par des teintes plus claires et par le noir des joues moins étendu.

Ce charmant petit oiseau, qui n’a qu'une longueur de 0 m. 10, est remarquable par sa vivaci- té, son agilité etsa hardies- se, mais il est en même temps d’une telle pruden- ce qu'il se dé- robe sans cesse à l'œil du chasseur et se laisse difficilement prendre aux pièges.

Temminck, qui avait éta- bli trois divi- sions dans le

genre Mé- sange (Pa- rus ), avait

placé la Ré- miz dans cel- le des Rive- rains ; c'est, en effet, sur les bords des étangs et au milieu desro- seaux qu'elle habite exclu- sivement, et on ne la ren- contrejamais dans les bois autres que ceux quisont situés dans les endroits marécageux, Elle vit au milieu des ro- seaux dont elle mange les graines; elle se nourrit en même temps d'insectes et de leurs larves, Aussi agile que les autres Mésanges, elle se suspend aux roseaux el s’y cache si complètement que l’on entend souvent son cri retentissant sans parvenir à l’apercevoir.

En automne, les Rémiz se réunissent par petites trou- pes de trois à six individus, mais ne s'arrêtent que dans les lieux humides.

L’art que cet oiseau apporte dans la construction de son nid a attiré depuis longtemps l’attention des natu- ralistes : « Je lui ai donné, a dit Buffon, le nom de pen- duline qui représente à l’esprit la singulière construction de son nid, » Ce nid est, en effet, le plus curieux de ceux de tous les oiseaux de France et ne peut être comparé qu'aux nids de certaines espèces de Tisserins de l'Inde et

MÉSANGE REMIZ, mäle et femelle, el

leur nid. (Dessin de P. Mahler,

NATURALISTE

de l'Afrique, car il est également en forme de bourse ou de besace, fixé par son extrémité supérieure et suspendu le plus souvent au-dessus de l’eau.

Baldamus (1) en a donné une description très exacte : «Le mâle et la femelle déploient une grande ardeur à construire leur nid, et cependant on a de la peine à com- prendre comment ils achèvent une œuvre pareille en moins de quinze jours. La Rémiz penduline commence par faire choix d’un rameau min- ce, pendant, présentant une ou plu- sieurs bifur- cations à peu de distance de son point d'origine ; el- le l'entoure de laine, plus rarement de poils de chè- vre, de loup, de chien ou de filaments d’écorces. Entre les branches de la bifurcation elle fixe les parois latéra- les du nid, les tisse jusqu’à ce qu’elles dépassent as- sez ces bran- ches pour qu’elle puis- se les ratta- cher en bas l'une à lau- tre et former ainsi un plan- cher aplati. Ce nid, ainsi ébauché, res- semble à un panier à bords plats, Les parois extérieures sont ensuite solidi- fiées. L'oiseau se sert à cet effet du duvet des peupliers ou des saules qu'il agglutine au moyen de sa salive et qu'il fixe avec des filaments d’écorce, de la laine et des poils. Le nid présente alors la forme d’un panier arrondi; à ce moment l’oiseau commence à construire une petite ouverture latérale circulaire. Cette ouverture n’est ce- pendant pas la seule : le nid en a deux, l’une est munie d’un couloir de un à trois pouces de long ; l’autre reste ouverte. Une des ouvertures est fermée plus tard, j'ai vu cependant un nid cette ouverture n'avait pas été bouchée. Enfin la Rémiz penduline dépose au fond de son nid une couche d'environ un pouce d'épaisseur de duvet végétal et la construction est terminée. »

d’après nature.)

(1) Baldamus. Naumannia, 1, p. 50.

LE NATURALISTE 35

Toutefois nous devons faire remarquer que nous avons vu un certain nombre de ces nids qui présentaient entre eux des différences de forme assez sensibles, provenant, sans doute, des matériaux employés et des endroits ces nids avaient été suspendus. Ils ont généralement la forme d’une bourse de 16 à 22 centimètres de haut et de 11 à 14 centimètres de diamètre ; l’ouverture qui figure assez exactement le goulot d’une bouteille est tantôt placée horizontalement, tantôt située obliquement en bas.

C'est dans ce charmant berceau que l'oiseau dépose de 5 à 7 œufs d’un blanc pur, sans reflet, et de forme allon- gée et cylindrique.

La Rémiz n’est pas commune en France; elle n’a été tuée qu'accidentellement dans le Nord et l'Est; elle est cantonnée en été dans les environs de Pézénas ; on la trouve également dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales, le Gard et surtout sur les bords du Rhône.

La véritable patrie de cet oiseau est la Russie, la Li- thuanie et la Galicie. Dans ces contrées le nid si curieux de la Rémiz devait naturellement frapper d’étonnement - les gens superstitieux, aussi a-t-on attribué à ces nids

des propriétés thérapeutiques. Le naturaliste de Radde dit que, chez les Mongols, pour guérir la fièvre intermit- tente, on fait respirer la fumée dégagée par un morceau d’un de ces nids que l’on brüle ; un nid ramolli dans l'eau chaude guérit les rhumatismes ; il suffit de l’appli- quer sur la partie douloureuse.

« Les nids de ces oiseaux passent en Russie pour être très efficaces contre toutes sortes de maladies qu'ils ont la propriété d’éloigner, surtout la fièvre et les épizooties. Un paysan du gouvernement d’Astrakan arriva un jour à Kasan avec une voiture chargée de ces nids. » (Everr- mann.)

Enfin dans les marais des environs de Bologne les gens simples ont pour ces nids une vénération superstitieuse : chaque cabane a un de ces nids suspendu près de la porte; les propriétaires le regardent comme un véritable paratonnerre et le petit architecte qui le construit comme un oiseau sacré. Dans la partie de la France niche la Rémiz nous n'avons pas eu heureusement à constaterdes

_ préjugés aussi naïfs,

On est parvenu à conserver quelquefois des Rémiz en captivité en les nourrissant avec la pâtée des Rossignols mélangée d'œufs de fourmis; mais, comme toutes les autres Mésanges, ces oiseaux sont si remuants, si actifs qu'ils ne peuvent survivre longtemps à la perte de leur liberté.

Albert GRANGER.

DESCRIPTION DE DEUX OPHIDIENS ET D'UN BATRACIEN D'ESPÈCES NOUVELLES

Idiopholis n. g. (Calamar.)

Corps cylindrique, tête non distincte du cou, queue trés courte. Trois internasales et deux préfrontales ; pas de frénale, ni de préoculaire, ni de susoculaire, ni de temporale en con- tact avec les postoculaires ; narine ouverte entre deux plaques: œil petit, à pupille arrondie; deux paires de sous-maxillaires, lantérieure en contact avec la mentonnière. Ecailles lisses, anale simple, urostèges doubles. Dents maxillaires nombreuses, égales et très petites.

1. Idiopholis collaris, n. sp.

Tête non distincte du cou, terminée par un museau assez étroit; corps cylindrique; queue très courte, égale à un peu plus du huitième de la longueur totale; rostrale étroite, plus haute que large, en forme de triangle à sommet arrondi; trois

internasales, les deux externes plus larges que longues, très étroites en avant, la médiane plus petite et plus longue que large ; préfrontales grandes, quadrangulaires, un peu plus larges que longues, à peine rétrécies à leur extrémité antérieure, cou- pées transversalement en avant et en arrière, en contact par leur bord externe avec la 2e et la 3e supéro-labiale et par leur angle postéro-externe avec l'œil; frontale notablement plus large que longue, pentagonale, à bord antérieur transversal, touchant à l’œil et à la postoculaire supérieure par son bord externe le plus court, terminée en arrière par un angle obtus; pariétale presque 2 fois aussi longue que la frontale, en con- tact, en dehors, avec la 5e supéro-labiale et, dans sa moitié postérieure, avec une grande temporale unique qui la sépare de la 6e supéro-labiale. Narines percées entre 2 petites plaques, dont l’antérieure est en continuité avec la première supéro- labiale ; pas de frénale ni de préoculaire; œil petit, à pupille arrondie, bordé inférieurement par la 4€ supéro-labiale et l’an- gle postéro-supérieur de la 8e; 2 petites postoculaires. Supéro- labiales au nombre de 6, la 5e de beaucoup la plus grande. Mentonniére très courte, en contact avec les sous-maxillaires de la paire antérieure, qui sont beaucoup plus longues que celles de la postérieure; 6 labiales inférieures, les 3 premières en contact avec les sous-maxillaires antérieures; 15 séries d’écailles lisses, sans fossette ; 121 gastrostèges ; anale simple; 28 urostèges divisées.

Un seul spécimen, d’une longueur totale de um190.

Recueilli par M. Chaper dans la vallée du Sebroeang (ouest de Bornéo).

2. Causus rostratus, 2. sp.

Cette espèce se distingue de C. rhombeatus par les carac- tères suivants :

Le museau est plus étroit à son extrémité et la rostrale est carénée en dessus; les écailles, de forme losangique plutôt que lancéolée, sont disposées suivant 171 séries longitudinales, au lieu de 18 à 20; les gastrostèges sont moins nombreuses (114 à 125 au lieu de 133 à 161), de même que les urostèges (13 à 16 au lieu de 18 à 26); les pariétales ne dépassent pas en arrière ou dépassent fort peu les temporales adjacentes de la première rangée, tandis que chez C. rhombeatus, elles sont presque toujours deux fois aussi longues que ces temporales; enfin, la carénation des écailles est plus accusée.

La coloration ressemble beaucoup à celle de C. rhombeatus.

Le Muséum possède 6 spécimens de C. rostratus; 5 ont été envoyés de Kondoa (Afrique orientale) par M. le capitaine Bloyet, le vient de Zanzibar.

Le plus grand spécimen est une femelle gravide, qui présente une longueur totale de 07365, dont 0®024 pour la queue. Ces faibles dimensions d’un individu adulte portent à penser que cette espèce n’arrive pas à une taille aussi forte que C. rhom- beatus.

Chaperina n. g. (Engystomatidarum).

Langue elliptique, libre en arrière; pas de dents vomérien- nes; un repli transversal de la muqueuse palatine en avant de Vœsophage ; tympan distinct; doigts et orteils libres, dilatés en petits disques à leur extrémité; dernière phalange terminée en T; métatarsiens externes unis ; pupille horizontale. Apophyses sacrées assez fortement dilatées ; précoracoïdes présents, très grêles ; sternum cartilagineux ; pas d’omosternum.

3. Chaperina fuseca, n. sp.

Tête petite. aussi large que longue, terminée par un museau assez étroit et arrondi, un peu plus long que le diamètre de V’œil. Pas de canthus rostralis; narines beaucoup plus près de l’extrémité du museau que de l’œil; espace interorbitaire pres- que deux fois aussi large que la paupière supérieure ; tympan petit, un peu plus du tiers du diamètre de l’œil. Doigts libres, le premier plus grêle et beaucoup plus court que le second ; orteils également libres, terminés comme les doigts par de petits disques; tubercules sous-articulaires et métatarsien in- terne peu développés (tubercule métatarsien externe douteux). Le membre postérieur étant dirigé en avant, l’articulation tibio- tarsienne atteint l’œil.

Peau lisse sur ses deux faces dorsale et ventrale, sans repli d’aucune sorte.

Régions supérieures d’un brun uniforme très foncé; les infé- rieures recouvertes de taches inégales, plus ou moins réguliè- rement arrondies, d'un jaune sale sous le ventre, jaune orangé sous les cuisses, séparées par un réseau de raies brunes en con- tinuité avec la teinte sombre des parties supérieures.

Un spécimen de Sintang (Bornéo), par M. Chaper.

Taille petite et assez syelte; 0m022 du museau à l’anus.

Dr Fr. Mocquarn.

36 LE NATURALISTE

LES RACES DE L'INDE

LES BADAGAS

Les Nilghiris renferment cinq tribus intéressantes et aborigènes qui sont les Todas, les Badagas, les Kotas, les Kurumbas, les Irulas, Les trois premières sont parti- culières à ces montagnes. Nous avons déjà étudié la première de ces tribus : les Todas. Il nous reste à passer en revue les quatre dernières, Nous nous étendrons moins sur celles-ci, qui ne présentent pas le même intérêt ethnographique que les Todas.

Les Badagas ou Vadagas sont venus, suppose-t-on, du Nord par suite de famine ou de persécution, il y a envi- ron trois cents ans après le démembrement du royaume de Vijayanagar. Ils constituent la plus nombreuse, la plus riche et la plus civilisée des tribus indigènes et aussi la plus honnète. Les hommes portent à peu près le même costume que ceux de la plaine et se recouvrent le corps et les épaules d’une couverture. Les femmes portent un vêtement blanc attaché par un cordon sous les bras. Ce vêtement laisse à nu les bras, les épaules et les jambes au-dessous des genoux. Leur chevelure est rejetée en arrière et nouée en désordre sur le cou. Les Badagas aiment les ornements et portent des bagues, des bracelets, des colliers, des pendants au nez et aux oreilles, Toutes ces parures sont en fer ou en argent.

Les Badagas payent un tribut nommé « gudu » aux Todas, Leur principale nourriture consiste en céréales peu nutritives. Leur langage est un ancien dialecte canara. En religion, ils sont Hindous : leur principale divinité est Rangaswami, dont le temple est situé à la cime du pic Rangaswami, le point le plus oriental des Nilghiris ; ils adorent aussi un grand nombre de divinités inférieures mâles et femelles. Ainsi ils rendent un culte à Hereadeo, à la déesse Hethadeo et à Kankoloukarodia, leur déesse tutélaire.

En 1871, les Badagas comptaient 19476 personnes, et en 4881 ce nombre était monté à 24 130. Il est probable que le recensement que le gouvernement anglais vient de faire exécuter dans toute l’Inde dans l’espace d’une seule nuit, accusera un chiffre encore plus élevé pour 1891.

Voici comment se contractent chez eux les alliances matrimoniales : le jeune homme passe environ un mois à faire de petits présents à celle qu’il veut épouser ; puis, il stipule avec les parents la somme que l’on doit payer. Cette somme varie de 15 à 20 roupies, c’est-à-dire de 30 à 40 fr. Il emmène ensuite sa femme, et le mariage se termine par un repas. La polygamie n’est pas rare chez eux. Ils peuvent avoir deux ou plusieurs femmes, selon les circonstances, En cas de séparation des deux conjoints, les enfants demeurent avec le père. Il n’en est pas de même chez les Todas. Chez ceux-ci, en effet, les filles appartiennent à la mère, l’aîné des enfants au mari en titre, le second enfant au plus âgé des frères du mari, le second au second frère et ainsi de suite.

Chez les Badagas, si la femme séparée de son mari épouse un second mari, celui-ci est responsable des dettes passées de sa femme, et s’il ne peut les liqui- der, on les sépare de force. La femme est alors mariée à un troisième mari que lui choisit la communauté.

Leurs cérémonies funèbres se célèbrent de la facon

suivante : Le corps est déposé sur un lit et placé sous

une sorte de dais de 3 pieds de haut environ, Au centre s’élève une perche de trois mètres de hauteur, suppor- tant des espèces de vergues enguirlandées ou ornées de toile blanche. On place au-dessous des provisions comme offrandes au défunt. Les parents et voisins du mort dansent longtemps en chantant autour du cadavre. La cérémonie se termine de la manière que voici: on attache à l’extrémité du linceul un petit rouleau de feuille de palmier que la veuve du défunt porte à son oreille ou un léger morceau de bois que porte le mari, si c'est, au contraire, la femme qui est morte. Le corps est ensuite porté au bücher avec accompagnement de musique et brûlé avec les offrandes. Il y a toutefois chez les Badagas une secte qui ensevelit ses morts. Après la cérémonie funèbre, les fils du défunt rasent entière- ment leur tête et leur visage.

LES KOTAS

Les Kotas ou Gauhatars (tueurs de vaches) sont bien faits et de taille moyenne. Ils ont les traits assez doux et la peau claire, la tête bien conformée, la chevelure longue et inculte, le front étroit et proéminent, la figure allongée, les traits expressifs, les oreilles plates et rap- prochées du crâne. Leurs femmes sont de taille moyenne, mais elles n’ont pas la physionomie noble des hommes. La plupart d’entre elles ont le front proéminent, le nez camus et l’air distrait, Les Kotas se livrent à l’agricul- ture et, bravant les préjugés des castes, exercent tous les métiers. Ils sont bons voituriers. Ils remplissent les fonctions de domestiques et de serviteurs vis-à-vis des Todas et des Badagas, et,comme ces derniers, payent aux Todas l'impôt nommé « gudu ». Ils adorent des divinités idéales qui ne sont représentées par aucune image déter- minée, On pretend qu’à l’une d’elles, nommée Cumba- todeo, ils élèvent de petits édifices et font des offrandes dans certaines occasions.

Le langage des Kotas est un vieux dialecte canara un peu rude, Toutefois, il est dépourvu de ce son guttural ou pectoral particulier aux Todas. Les Kotas mangent de tout sans distinction. Ils ont en tout sept villages dont six sont disséminés sur les montagnes. Le septième se trouve à Goudelour. Chaque village renferme au moins de 30 à 60 cases de grandeur moyenne, Ces cases sont bâties avec de la boue et recouvertes en chaume ; elles ressemblent parfois aux « paillottes » de la plaine et sont ordinairement malpropres. En 1871, les Kotas étaient au nombre de 1112 et en 1881 de 1065.

Leurs mariages s’accomplissent par le consentement mutuel des deux parties contractantes. Les parents de la jeune épouse recoivent la valeur de 6 à 10 fr, de notre monnaie. Si la femme met au monde successivement trois filles, l’homme, pour obtenir un mâle, a le droit de prendre une autre femme. Le cas, d’ailleurs, se pré- sente rarement, les deux époux paraissant être généra- lement assez attachés l’un à l’autre.

Hecror LÉveiLré.

SOCIÈTÉ BOTANIQUE DE FRANCE

Communications contenues dans le fasc. 1891. M. Michel Gandoger dans une note Swr la longévité des bulbilles hypogés de l'Allium roseum L. indique que cette lon-. gévité peut atteindre dans certains cas jusqu’à quinze années: M. Ed. Borncet présente la détermination des Alques du dé- parlement de la Haute-Vienne contenues dans lherbier d'Edouard Lamy de la Chapelle. M. Giraudias propose de

MCE VU

laire une espèce nouvelle sous le nom d’Anémone Janczewskii de la plante que M. Janczewski considére comme une variété orientale de l’A. Halleri. M. A. Chatin signale la découverte de la Clandestine aux Essarts-le-Roi (Seine-et-Oise). M. Co- pinéau dans une note sur ?Ophrys pseudospeculum D. C. émet des doutes sur lidentité de la plante ainsi désignée par de Candolle avec celle qu'on appelle ainsi aujourd’hui. Ces doutes sont confirmés par des observations de M. Malinvaud et de M. Burnat. M. G. Rouy fait connaître un certain nombre d’Espèces nouvelles pour la flore française : Polycarpon roton- difolium, Santolina Benthamiana (S. pectinata Benth.) Calluna Belesiæ, Scrofularia provincialis et Myosotis bracteata. A propos de cette dernière plante, M. l'abbé H. Coste donne une descriplion d’un Myosotis, d’après de nombreux exemplaires récollés le 25 mai sur la plage d’Argelès-swr-Mer dans laquelle il signale, à côté de la forme à fleurs blanches susindiquée, une forme à fleurs bleues, semblable, au reste, à la précédente. M. H. Bocquillon dans une Nofe sur le Gonolobus Condu- rango indique les caractères botaniques de cette Asclépiadée, décrit la drogue qu’elle fournit par son écorce et fait l'étude anatomique du Condurango de Loxa. M. D. Clos donne une interprétation des parties germinalives du Trapa natans, de quelques Gultifères el des Nelumbium.D'après cet auteur, l’em- bryon du Trapa n'aurait qu'un seul cotylédon et serait dépour- xu de radicule, la prétendue racine n'ayant pas de signification propre. Parmi les autres embryons macropodes et indivis comme celui du Trapa, il distingue trois types de germinations : prolongement des deux extrémités de l'embryon, d’abord de lune en racine, puis de l’autre en une, deux, trois gemmules (Lecythis ollaria); Une seule racine se dirigeant au-dessous de la gemmule en sens inverse de celle-ci (Ochrocarpus siamen- sis); deux sortes de racines, une à chaque extrémité de Pembryon (Xanthochymus pictorius). Quant à l’embryon du Nelumbium, il faudrait peut-être voir dans le gros corps charnu, qui devient à la germination bipartite et étalé, une for-

nation résultant de la concrescence complète du nucelle et de

la secondine nerviée. Dans une Herborisation à Méry-sur-

Seine (Aube) faite en juin, M. Paul Hariot énumère un grand

nombre de plantes intéressantes qu'on peut recueillir en quelques heures. M. G. Rouy présente une note sur PEuphorbia ruscinonensis Boïss. et l’Hieracium Loscosianum Scheele. La première de ces plantes n’appartient pas à la flore francaise qui, par contre, doit s’enrichir de la seconde. M. G. Camus fait une présentation de Cirses hybrides el descrip- bion de l’Orchis Boudieri (0. morio latifolia), cette dernière plante se rencontre dans les prairies de Domont. M. H. Léveillé signale un cwrieux phénomène présenté par le Manqui- fera indica (Manguicr). Plusieurs manguiers dépourvus de fruits ont cette année, sous l'influence de la chaleur non précé- dée de pluies, laissé exsuder, pendant plusieurs jours, par Pextrémité de leurs jeunes pousses, un liquide jaunâtre, vis- queux et sucré, identique à celui que renferment d'ordinaire leurs fruits (mangues). Ce liquide était même parfois si abon- dant qu’il tombait à terre sous forme de pluie continue. M: Fernand Camus présente ses Glanwres bryologiques dans la Flore parisienne, daus lesquelles figurent un certain nombre d'espèces rares et une vingtaine d'espèces nouvelles pour la flore des environs de Paris, avec indication des localités les unes et les autres ont été récoltées. MM. J.-A, Battandier ët L. Trabut communiquent les Extraits d'un rapport sur quelques voyages botaniques en Algérie, entrepris sous les œuspices du Ministre de lInstruction publique pendant les années 1890-1891. Dans un voyage à Bou-Saada par Aumale, ils récoltèrent de nombreuses plantes, dont ïls donnent la liste, mais ils trouvèrent les terrains de parcours, qui vont de Msila à Bou-ben-Arreridj, en pleine voie de dépérissement. Sur ces terrains très déclives, la terre n’est retenue en haut que par V'Alfa, plus bas par l’Anabasis arliculata. Entre ces régétaux poussent de petites plantes herbacées Schismus mar- ginalus, Plantago albicans dont se contentent les moutons, mas, pour tirer plus de produit du sol, on 4 multiplié les chèvres qui broutent l’Anabasis jusqu'à la racine, Cette plante détruite, la terre est entrainée par les eaux et la steppe devient désert. L’alfa résiste mieux aux chèvres, mais comme c’est le seul combustible du pays, on l’arrache malgré le règlement. 4 devrait essayer de planter le pin d'Alep et l’Oxycédre qui, après les auteurs, réussiraient très bien.

Dans leur voyage à Terni, ils rencontrèrent le Persil à l’état absolument spontané. Dans le Nord de la province de Cons- tantine à Djijelli, les indigènes vendent le chêne-liège comme ècorce à tan, au lieu d'exploiter le liège, ce qui leur serait

LE NATURALISTE

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beaucoup plus rémunérateur et aurait l’immense avantage de conserver les forêts, G. CHAUVEAUD.

L'HYPEROODON

(Suite et fin)

L'Hyperoodon est caractérisé par un certain nombre de traits qui permettent de le distinguer aisément de tous les autres cétacés. Son bec grêle et plus ou moins allongé est dépourvu de dents, mais présente des sail- lies cornées dans sa moitié supérieure immobile; sa mâchoire inférieure est au contraire armée toujours de deux dents qui sont situées en avant près de l’extrémité du bec. Ces dents sont ordinairement saïllanteset attei- gnent parfois un décimètre de longueur chez le mâle; chez la femelle, elles sont, dans la plupart des cas, sinon toujours, cachées dans l'épaisseur des gencives et complètement invisibles à l’extérieur. En arrière de ces dents, on en trouve assez fréquemment deux autres plus petites et, dans certains exemplaires, toute une rangée qui s'étend de chaque côté, sur le maxillaire inférieur. Ces dernières, sont toujours cachées dans les gencives et disparaissent tôt ou tard; leur décou- verte, qui est due à Eschricht, n’est pas sans impor- tance; c’est elle qui a permis tout récemment à Max Weber (1) de considérer l’'Hyperoodon et les formes voi- sines, comme des cétacés encore hétérodontes, et par conséquent beaucoup plus voisins des ancêtres hétéro- dontes du groupe, que les Delphinidés qui sont homo- dontes, quoique pourvus, d’un nombre de dents visibles beaucoup plus considérable.

L’estomac de l'Hyperoodon. est beaucoup plus com- pliqué que celui des Baleines et des Dauphins. Il com- mence par une énorme dilatation dont les parois glan- dulaires sécrètent les sucs nécessaires à la digestion. A cette poche digérante faisait suite, dans le spécimen de Saint-Vaast, un chapelet de neuf chambres plus ré- duites qui allaient en augmentant de dimension de la poche digérante jusqu’au pylore. Des becs de Calmars assez nombreux (au nombre de cinq à six cents) se trou- vaient dans les divers compartiments de l’estomac el dans le dnodénum; ils étaient emboîïtés les uns dans les autres et formaient par leur réunion des arceaux solides qui comptaient parfois une vingtaine de becs. Cette curieuse disposition, qui a une origine purement mécanique a été représentée très exactement par Vrolik, dans son étude de l’'Hyperoodon (2).

L’Hyperoodon, en effet, comme le Cachalot, le Ziphuis et les cétacés voisins, se nourrit à peu près exclusive- ment de Céphalopodes, dont on trouve les restes, man- dibules, osselets et cristallins, dans l’estomac ou dans l’intestin.Il ne paraît pas rechercher les Poissons comme les Delphinidés, ou les petits animaux de surface comme la baleine, et c’est sans doute un fait accidentel que celui, signalé par Eschricht et par Weber d’un Hyper- oodon dans l’estomac duquel on trouva mêlé du poisson

(4) Max Weber, Studren über Säugethiere. Ein Beitrage zur frage nach dem Urspruny der Cetaceen, 1886, p. 197.

(2) W. Vrolik. Natur en Ontleedkundige beschouwing van den Hyperoodon. Natuurkund. Verhaandel. Van de Holl. Maatsch. der Wetensch. te Harlem, Il, Very. 1848, PI. 9, fig. 28.

SM MEURT ANRC AE LE NA TE Ar AO Pa MEN AE

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à des restes de céphalopodes. D'ailleurs l’ambre gris, qu'on trouve dans l'intestin du Cachalot, ne paraît pas se produire chez l’'Hyperoodon.

Par contre il y a des analogies très étroites entre le revêtement graisseux de l'Hyperoodon et celui du Cacha- lot; l’huile qu’on tire du lard a, dans les deux espèces, une composition à peu près semblable, comme le prou- vent les analyses faites en Angleterre; en outre, on trouve sur la tête de l’animal un réservoir à spermaceti (blanc de baleine) de même nature que celui du Ca- chalot mais beaucoup plus réduit. Ce réservoir est formé par un tissu spongieux situé sous la peau entre la forte crête transversale qui forme l'os frontal, et